Oeuvre
poétique
POEMES RETROUVES
POEMES DE JEUNESSE :
Souvenir de jeunesse de Coblentz
A lAmi
Dernier Rêve du Cur
Les Musiciennes mortes
A mon ami M. Moullé
La chanson dOphélie
Automne
A un ami qui mest cher
A mon Poète et Ami
A ma mère chérie
AUTRES POEMES :
Amazone
Sourire dans la mort
Sonnet à Alice Barney
Vertige
A mon Avril
A labsente
Le Miroir
Remords tendre
Par-Delà la Mort persiste le Désir
Blonde au froid coloris
Des refrains de simples couplets
Le lys noir
Michel-Ange à Vittoria Colonna
Les fruits
Chauve-Souris
Violon
Corinne Triomphante
La Coupe de Cléopâtre
Chanson
Poème
Perle abandonnée
Dans la Mort
Le Palais
Le Soir est glorieux
Notre-Dame des Fièvres
Désir d'amour
Adieu à la Sirène
A Cécile
Noir et Gris
Poème
POEMES SIGNES PAULE RIVERSDALE
Vers lAmour
Divinité
Désir
Enterrée vivante
La Sirène
Souvenir de jeunesse de Coblentz
Là-bas sur le champ de manuvre
Là-bas su le terrain prussien
On peut voir la douloureuse uvre
Dun combat qui nest pas ancien.Là-bas tout près du bruit des armes
Du piétinement des chevaux
Est un pauvre tombeau sans larmes
Le plus douloureux des tombeauxCe nest quune petite pierre
Là sont les prisonniers français
Morts pendant la cruelle guerre
Dormant dans la suprême paixSans doute morts sur cette plaine
Morts comment ? Dieu seul le sait
Leur coupe damertume pleine
Tels sont morts ces soldats françaisMorts, morts en la terre ennemie
Morts sans le suprême secours
Dune voix, dune main amie
Voilà quils dorment pour toujoursIls nont point revu la patrie
Jamais ils ne la reverront,
Et près deux, personne ne prie
Hélas on passe indifférentComme si cétait peu de chose :
Ce sont des prisonniers français
Dit-on. Lon regarde, morose,
Ce tombeau dennemis défaitsMorts de douleur ou de famine
De froid ou bien de désespoir
De la honte qui creuse et mine
Le courage qui peut savoir ?O mes frères hélas, mes frères
Tout ce que vous avez souffert
Les pleurs, les hontes, les misères
Enfouis toujours sous ce sol vertO lâche et dernière vengeance
Que le lieu de votre tombeau
Pour vous, ô pauvres fils de France
Le cimetière était trop beau.Il fallait le champ de manuvre
Avec ses hauts bruits de clairon
Nobles vainqueurs ! Voici leur uvre
Et voici votre humiliationEt nul ne vient à votre pierre
Pleurer en silence un moment
Vous avez pour tombe la terre
Dont le seul nom est un affrontQuelquun vous pleure dans la France
Les curs qui vous ont bien aimés
Sont déchirés par la souffrance
O pauvres morts inanimésO mes frères, Hélas ! Mes frères
Tout ce que vous avez souffert
Les pleurs, les hontes, les misères
Toujours, toujours sous ce sol vert.
A l'Ami
O la triste douceur des tendresses lointaines
Séparés, ô mon cher amour
Savons-nous si nos curs pleins despérances vaines
Doivent se retrouver un jour ?Pourtant, nous nous aimons dune longue amitié
Notre histoire fut un poème
Toute une poésie achevée à moitié
Pourtant, ô mon amour, je taime.Pourtant, matin et soir, comme un vol dhirondelles
Mes pensées sen vont vers toi
Mes pensées damour, mes pensées fidèles
Et ton souvenir nest quà moi.Pourtant, ô mon amour, jai le rêve et lespoir
Que rien nefface ni nenlève
Jai le constant désir dun suprême au revoir
Laisse-moi le garder, ce rêve.Oui, laissez-moi rêver ! Tu viens à mes prières
Et tu mouvres tes bras tendus
Et, suaves, je sens errer sur mes paupières
Tes baisers longtemps attendus.Tes baisers, je les sens dans un trouble profond
Oubliant alors toutes choses
Odorants et légers qui tombent sur mon front
Ainsi quune pluie de roses.Tes bras autour de moi mentourent avec tendresse
Je sens, perdue dans tes bras,
Je sens de toutes parts une grande caresse
Et ta voix me parle tout bas.Une fièvre est en moi, toi seul peux lapaiser
Je défaille et je nai plus dhaleine
Que juste ce quil faut pour mettre en un baiser
Lâme trop heureuse et trop pleine !Je parle sans penser comme dans la fièvre
Lair est doux et chaud alentour
Je nai plus quun désir, ton baiser sur mes lèvres
Et je taime, et je suis lamour.
Dernier Rêve du Cur
Oui, je voudrais mourir par une jour de printemps
Parfumé de violettes et vigoureux de sève
Comme un premier amour avec un premier rêve,
Et cest le seul moment de bonheur que jattendsPar un jour blond et jeune aux rayons éclatants
Une heure de printemps aussi douce que brève
Et je veux bien alors que ma vie sachève
Car ils seront très doux mes derniers instantsRêvant mon dernier rêve ô la douceur des cieux
Je mourrai sans regret, le soleil dans les yeux
Dans lâme les parfums des naissantes violettesJaurai tout oublié, la passé détesté
Mes désillusions et mes douleurs muettes
Et rien que lamour ne me sera resté.
Les Musiciennes mortes
Jentends passer tout près lessaim des musiciennes.
Cest le groupe sacré des âmes dautrefois
Dont lharmonie intime éclatait dans la voix,
Dans le clavier sonore où les lyres anciennes.Leurs pas font murmurer les harpes éoliennes.
Leurs esprits harmonieux hantent lombre des bois
Pour enseigner leur art et leurs divines lois
Aux jeunes rossignols, muses aériennesOù leur vol passe, lair a de légers frissons.
Elles viennent mêler leurs antiques chansons
Aux forêts, de mystère et dombre recouvertes.Comme pour exhaler le chant ou le soupir,
Je les vois hésiter, les lèvres entrouvertes,
Et le poète seul les entend revenir.
A mon ami M. Moullé
Vous qui savez aimer, vous qui savez comprendre,
Oh ! Ne vous laissez pas décourager en vain,
Poète dont le cur, à la fois triste et tendre,
Vibre à chaque émotion du vaste cur humain !Gardez toujours en vous la frêle poésie,
Gardez toujours en vous son doux rythme touchant,
Ecoutez bien la voix, âme quelle a choisie ;
Gardez toujours en vous la lumière et le chant !Gardez toujours en vous cet idéal suprême,
La noblesse de lâme avec celle du cur ;
Que votre vie soit la poésie même !
Et soyez de vous-même et du monde vainqueur !Que rien ne vous attriste et ne vous décourage.
Sachant que vous avez lharmonie et lamour ;
Persévérez toujours ! Ayant le grand message
Que chantait autrefois le moindre troubadour.Oh ! Le monde a toujours été dur aux poètes !
Car la réalité tuait leur idéal,
Mais vous, Ah ! Soyez grand ! Que tout ce que vous faites
Ait lélan victorieux dun hymne triomphal !Et songez, quand parfois vous êtes seul et triste,
Que votre vie, hélas ! comprime votre cur,
Ce cur plein dharmonie et de rêves dartiste,
Songez que tout cela doit vous rendre meilleur !Songez que cette vie ennoblit, ô poète !
Songez que chaque épreuve est un progrès de fait ;
Que cest un pas de plus vers le sublime faîte ;
Songez que tout cela tend à rendre parfait.Si votre force, hélas ! parfois sest endormie,
Quà peine vous pouvez rester fier et debout,
Souvenez-vous alors dune petite amie
Qui saura vous comprendre et souffrir avec vous !
La chanson dOphélie
Elle chante Ophélie, en tressant des couronnes
De ces petites fleurs que les champs verts nous donnent
Tout parfum, toute fraîcheur, en leur simplicité
Et le soleil sourit à sa jeune beauté.
Elle chante, inconsciente en sa douce folie,
Lâme ne sourit plus dans les yeux dOphélieElle chante, inconsciente, une étrange chanson
Son léger pas paraît la fuite dun rayon
Tandis que le printemps autour delle rayonne
Elle chante en tressant sa dernière couronneEt la blonde Ophélie errante au bord de leau
Ne sait pas que son pied effleure son tombeauPrès dun fleuve, se penche en pleurant un vieux saule.
Comme un petit enfant qui monte sur lépaule
De son aïeul souriant, ne craignant nul danger,
Elle monte sur larbre un corps souple et léger.
Capricieuse elle veut, sur la branche ployante,
Suspendre sa couronne humble mais odorante
Et toujours en chantant sur les rameaux pleureurs
Elle monte, elle veut y suspendre ses fleursMais un rameau se brise Hélas la vierge tombe
Leau souriante devient un instant sa tombeMais ses blancs vêtements la soutiennent encor
Comme le cygne après son dernier essor
A lheure de sa mort chante son chant suprême,
Avant de disparaître, Ophélie de même
Flottante encore sur leau, chante son dernier chant.Et nul ne voit sa mort sauf le saule penchant
Hélas ! Bientôt finit cette chanson étrange,
En un long dernier râle étouffé sous la fange.Puissé-je ainsi mourir, les mains pleines de fleurs
En chantant jusquau bout, sans larmes, sans terreur
Chantant jusquà ma mort, entraînée quand même
Par le fleuve inconnu, mystérieux et suprême
Par le fleuve funèbre où va lhomme banni
Par le fleuve profond qui mène à linfini.
Automne
Ne me parle donc jamais plus
O lamour de toute mon âme
Dun regard ayant moins de flamme
Et du poids des ans superflusQue mimportent, auprès de toi,
Et les quelques roses fanées
Et les quelques brèves années
Que tu vécus jadis sans moiTout mon être, je te le donne !
Tu me las dit voici longtemps,
Puisque jai lâge du printemps,
Cest toi le tendre et triste Automne.Tes soucis, mon cur les prévient
Et jaime, puisquil faut tout dire
La tristesse de ton sourire
Ton sourire qui se souvientLe printemps, cest la jeune fille
Cest en elle le premier amour
Dans ses yeux dAvril tour à tour,
Le long regard se mouille ou brilleLAutomne est lhomme déjà mûr
Qui se souvient de sa jeunesse
Et son regard a la tendresse
Dun cur souffrant, profond et sûr.Cest un été plus tendre encore
Cest un printemps toujours plus beau
Cest un suprême renouveau
Un couchant qui serait laurorePour te parler à cur ouvert
Oui, cest bien ainsi que je taime.
A toi, le sourire suprême,
De ceux qui jadis ont souffertJe tapporte un cur entier
Brûlant des premières fièvres
Et la virginité des lèvres
Que tu baiseras le premier.Et je te donne ma jeunesse
Je te donne mes dix-huit ans
Et le baiser de mon printemps
O ma première tendresse !La passion porte avec elle
Le renouveau du cur viril
Aime, cest léternel Avril
Et cest la jeunesse éternelleEt moi, je demande à mon tour
En échange dun cur de femme
Le dernier printemps de ton âme
Et dêtre ton dernier amour !
A un ami qui mest cher
Lorsque je vous ai vu pour la première fois,
Je nai vu quun passante, quune ombre parisienne,
Dont la voix répondait par hasard à ma voix,
Dont la main effleurait par hasard la mienne.Jétais comme un rêveur attardé sur la grève,
Qui voit venir vers lui les vagues de la mer
Et qui les voit senfuir, en poursuivant son rêve,
Qui les voit retomber dans le néant dhier.Je ne voyais quun flot de locéan humain,
A peine sattardait ma pensée fuyante,
Rien quun adieu banal, un serrement de main,
Et je vous ai quitté, vous passant, moi passante.Quand vos vers ont chanté tendrement à mon âme,
Je nai vu quun poète, un esprit mélodieux,
Qui chantait en tissant le fil dor de la trame
Faite dillusions et de rêves radieux.Jécoutais en rêvant les chants de votre cur,
Jécoutais en rêvant lharmonie secrète
Toute pleine damour, de joie ou de douleur
Que soupirait tout bas votre âme de poète.Jétais comme un passant qui dans la nuit écoute
Un chant de rossignol, harmonieux et touchant,
Et qui, tout attendri, reprend après sa route
Emportant avec lui la mémoire dun chant.Enfin quand votre cur au mien sest révélé,
Quand jai vu sa grandeur, son intime noblesse,
Ami, le moindre doute alors sen est allé,
Je pouvais me confier sans crainte à sa tendresse.Alors jai vu lami, cet ami de mes songes,
Cet ami tendre et doux, dont javais tant besoin,
Hélas ! Et maintenant les heures se prolongent
En nuits, en jours, en mois, et vous êtes si loin !Mais vous êtes toujours présent à ma pensée,
Mais vous êtes toujours présent à mon esprit..
Ami, votre tendresse, ainsi que la rosée,
Pénètre dans mon cur, et ranime et guérit
A mon Poète et Ami
Vos vers, ces doux oiseaux, mapportent sur leurs ailes
Des paroles de votre cur,
Ils viennent, comme un vol de blanches tourterelles
A travers la mer en fureur.Ils viennent de bien loin, pour chanter à mon cur
Tout ce qua murmuré le vôtre,
Vos vers, ces doux oiseaux, mapportent le bonheur
En passant dun rivage à lautre.Vos vers, ces doux oiseaux, mapportent sur leurs ailes
Des paroles de mon ami,
De mon ami lointain aux pensées fidèles,
Et joyeux, mon cur a frémi.Leur essor a toujours un frisson de tendresse
Quand ils se posent sur mon cur,
Ils viennent vos doux vers, me répéter sans cesse
Des mots dami pleins de douceur.Alors, je ne suis plus tellement isolée,
Et mon cur de joie a frémi,
Vos vers, ces doux oiseaux, mont souvent consolée,
O mon poète et ami.( 5 mai 1894)
A ma Mère Chérie
Elle ressemble aux blancs lilas
Lorsquavril tout en fleurs succombe,
Si léger, si doux est son pas
Quon dirait une fleur qui tombe.Elle est plutôt ma grande sur
Toujours si blonde et si jolie,
Ses yeux souriant avec douceur
Sa charmante mélancolie.Cest elle ! la fée aux yeux bleus
Quon voit passer mignonne et fière,
Le soleil, sur ses blonds cheveux
Les transforme en fils de lumière.Et quoiquelle ait souffert longtemps,
Elle a gardé dans la tristesse
Au cur, un éternel printemps,
Au front, léternelle jeunesse.Ses yeux, aux ombres de velours,
Consolent souvent sans rien dire,
Et lon se souviendra toujours
De la beauté de son sourire.Quand on souffre dun mal profond,
Elle vient poser, la première,
Sa main fraîche sur votre front,
Comme lange de la prière.( 1898 )
AUTRES POEMES
Amazone
Lamazone contemple à ses pieds des ruines,
Tandis que le soleil, las des luttes, sendort ;
La volupté du meurtre a gonflé ses narines ;
Elle exulte, amoureuse étrange de la Mort.Elle veut les baisers des lèvres expirantes
Qui laissent à sa bouche en feu le goût du sang ;
Sur le champ de bataille aux odeurs enivrantes,
Son orgueilleux désir se vautre en pâlissant.Elle aime les amants qui lui donnent livresse
De leur fauve agonie et de leur fier trépas,
Et, méprisant le miel de la fade caresse,
Les coupes sans horreur ne lui suffisent pas.Le râle la remplit dune ivresse sauvage ;
Au milieu des combats son cur sépanouit
Et, lionne aux yeux dor éprise de carnage
La livide sueur des fonts la réjouit.Elle rit et se pâme auprès du vaincu blême ;
Son corps, vêtu de pourpre, aux derniers feux du jour
Se penche avec ardeur sur le spasme suprême,
Plus terrible et plus beau que le spasme damour.
Sourire dans la mort
Le charme maladif des musiques moroses
Ici ne convient point à lauguste trépas ;
Venez ! Il faut couvrir de rythmes et de roses
La maison du poète, où le deuil nentre pas.Rien que léclat des chants : pas de vain verbiage,
Ni le sanglot banal dimportunes douleurs ;
Comme pour un splendide et joyeux mariage,
Il lui faut avant tout des fleurs, des fleurs, des fleurs !Il épouse la gloire au sourire de femme
Et lombre est nuptiale autour de son cercueil ;
Les cierges enfiévrés sont des souffles de flamme
Qui veillent ardemment et longuement au seuil.Dans le sublime oubli de sa vie ancienne,
Son front large sourit avec sérénité
Il dort visiblement sa nuit olympienne,
Et son baiser damour étreint léternité.
Sonnet à Alice Barney
Le mystère de ta beauté meurtrie
Na rien de la froideur de notre ciel natal,
Et tes yeux où languit le rêve oriental
Semblent chercher toujours la lointaine Patrie.Ton pas semble fouler les sables de Syrie,
La flamme du désert brûlé à ton front fatal,
Il se mêle une odeur de rose et de santal
A létrange ferveur de ta lèvre qui prie.Devant ton long regard lhorizon sélargit.
Quelque chose dardent et de fauve rugit
Sous le chant de ta voix savamment modulée.Et lon sent rayonner en ton esprit vivant,
Aube dun nouveau jour, lumière révélée,
Le mystique soleil qui nous vient du Levant.
A mon Avril
Répands sur mon front dinsomnie
Tes cheveux daurore et de joie,
O toi, ma tendresse infinie,
Avril, mon printemps, mon amour !Quoi de plus tendre et de plus beau
Que de voir, miracle suprême !
Des roses naître du tombeau !
Cela sest fait, puisque je taime.Dans mon âme, où langoisse est morte,
Le souvenir est effacé
Donne-moi tes lèvres ! quimporte
La douleur que fut le passé !Loubli me sourit dans tes yeux
Et je dis à la vie en larmes
Un grand hommage silencieux
Car elle a de suprêmes charmes.Car jai, dans ma pauvre existence,
Parmi les jours où jai pleuré,
Quelque chose de doux, dimmense,
De lumineux et de sacré !Cest pour cela que je bénis
Non seulement toi, ma très blonde,
Mais aussi les temps infinis,
Lespace et les cieux et le monde !Jai compris quelle aube suprême
Se lève sur le grand néant,
Et quon espère, et que lon aime
Et que lon meurt en souriant !
A labsente
Oui, cest toi mon rêve suprême
Pendant ces longs, ces mornes jours
Où je pleure au fond de moi-même
Lexil triste de nos amours !-Nas-tu pas senti quun moment
Lasse de ses souffrances vaines
Mon âme allait éperdument
Vers tes chères lèvres lointaines ?-Nas-tu pas entendu, ma blonde,
Le bruit dun sanglot qui revient
Dans le cur de la nuit profonde ?-
Cest mon amour qui se souvient.-
Le Miroir
Je tadmire, et ne suis que ton miroir fidèle
Car je mabîme en toi pour taimer un peu mieux ;
Je rêve ta beauté, je me confonds en elle,
Et jai fait de mes yeux le miroir de tes yeux.Je tadore, et mon cur est le profond miroir
Où ton humeur davril se reflète sans cesse.
Tout entier, il séclaire à tes moments despoir
Et se meurt lentement à ta moindre tristesse.O toujours la plus douce, ô blonde entre les blondes,
Je tadore, et mon corps est lamoureux miroir
Où tu verras tes seins et tes hanches profondes,
Tes seins pâles qui font si lumineux le soir !Penche-toi, tu verras ton miroir tour à tour
Pâlir ou te sourire avec tes mêmes lèvres
Où trembleront encor tes mêmes mots damour ;
Tu le verras frémir des mêmes longues fièvres.Contemple ton miroir de chair tendre et nacrée
Car il sest fait très pur afin de recevoir
Le reflet immortel de la Beauté sacrée
Penche-toi longuement sur lamoureux Miroir !
Remords tendre
Je nai pas su taimer, ma divine et ma blonde,
Blonde aux baisers de fleur, bien souvent, en secret
Jai dû faire pleurer les plus beaux yeux du monde,
Je nai pas toujours eu la bonté quil faudrait.Jai vécu trop de deuils, de douleurs, de mensonges,
Jai passé mon chemin, mon cur est devenu
Lincrédule de rêve et lennui des songes ?
Lorsquil était trop tard, ton sourire est venu.Je trouvais à souffrir Dieu sait quels sombres charmes,
Tu me disais : Toujours ! Je répondais : Jamais !
Je doutais âprement ; même devant tes larmes,
Jétais triste et méchante ; et pourtant tu maimais !Je nai pas su garder intacte et parfumée
Une heure unique et tendre, au fond de mon destin
O ma douceur ! Pourquoi tai-je si mal aimée ?
Lespérance ne peut épouser le chagrin.Quelque chose de frais, quelque chose dimmense,
Quelque chose de blanc comme léclat du jour
Avait paru pourtant dans ma terne existence,
Ce miracle : tavoir inspiré de lamour !Une larme à tes yeux ressemble à la rosée ;
Pour me la donner, pleure une dernière fois !
Ce sera le pardon sur mon âme brisée
Et leffacement pur du mauvais autrefois !
Par-Delà la Mort persiste le Désir
O ma Maîtresse morte, aux yeux de pâle azur,
Je te vois dans ton lit que lave la rosée,
Dans ton cercueil fétide où coule un flot impur,
Et sans fin je tadore, ô chair décomposée.La nacre des baisers, des longs baisers dhier,
Donne à ton corps brisé ce bleu de meurtrissure,
Ce vert, ce violet voluptueux et clair.
Jaspire ton parfum dombre et de moisissure.Je te convoite avec des râles et des cris,
Moi qui reviens cueillir sur tes lèvres livides
Ces baisers dautrefois, empestés et pourris,
Tétreindre et regarder sous tes paupières vides.Tu mattends, allongée au fond du soir troublant,
Et je viens menivrer de ton affreuse haleine
En me disant : « Cest elle, et voici son cou blanc,
Voici ses clairs cheveux, ses mains de reine.« Que notre solitude est douce, ô mon Désir !
« Quel merveilleux silence où mon sanglot se brise !
« Cest elle que je vois divinement pâlir
« Voici la nuit damour si tendrement promise.« Quelle nuit de caresse et de fièvre ! Oh ! les seins
« Frais et fleuris, les flancs dune forme suprême !
« Le velouté du ventre et la rondeur des reins !
« La voici tout entière, et telle que je laime ! »« Je suis le Ver qui vit de ton corps bien-aimé,
Qui dans lombre a rampé jusquà ta froide porte,
Le Ver toujours tenace et toujours affamé,
Dont léternel désir se repaît de chair morte.
Blonde au froid coloris
Blonde au froid coloris, perverse et virginale,
Toi qui, dans la moiteur des nuits de bacchanale,
Mêles des lys meurtris à tes cheveux défaits,
Tu naimes que les lits de paresse et de paix,
La musique des mots et des murmures mièvres.
Ton baiser se détourne et glisse sur les lèvres.
Et jignore pourquoi, dans un silence amer,
Tu me livres lennui languissant de ta chair.
Compagne au front distrait de ma lugubre couche,
Tu me livres lennui languissant de ta bouche,
Tes yeux sont des hivers pâlement étoilés
La neige qui fleurit les monts immaculés
Est moins froide à frôler que ta pâle luxure.
Oh ! Le charme et lhorreur de ta blancheur impure !
Des refrains de simples couplets
Des refrains de simples couplets
Flottent là-bas, à la dérive
Délicatement sensitive
Ton âme est pleine de reflets.Dans lombre, parmi les accords
Et les souffles de tubéreuse,
Resplendit, ô vierge amoureuse !
La flamme blanche de ton corps
Le lys noir
Linquiétant Lys noir, large ouvert, semble offrir
Dans sa coupe de deuil un ivresse infernale.
Il a le fier mépris de la beauté banale
Quun rayon de soleil trop fervent peut flétrir.Et la sinistre fleur du vice sans désir
Se fane dans lardeur de lâpre bacchanale
Seffeuillant aux cheveux dune femme vénale
Dont le cur ennuyé dédaigne de choisir.Sachant combien le rire est énervant et triste
Elle exhale en mourant son parfum où persiste
Un relent affadi de festins et damourEt laube vient brûler la paupière rougie
De la Douleur souillée essuyant au grand jour
Parmi les pleurs sacrés les sueurs de lorgie.
Michel-Ange à Vittoria Colonna
Je goûte de toi le silence et le charme
Des nuits où la douleur se plaît à demeurer,
Toi quon ne voit jamais essuyer une larme
Mais dont jentends souvent la grande âme pleurer.Je suis déjà si las des baisers de la terre
O femme au noble front par les chagrins terni,
Je ne trouve un peu dombre et de divin mystère
Que dans la profondeur de ton deuil infini !Comment auprès de toi tenter la vaine épreuve
Des aveux dédaignés, des soupirs superflus ?
Toi si haute et si sombre en tes robes de veuves,
Toi dont lespoir brisé ne séveillera plus ?O ma nuit ! ô ma paix ! calme où se fortifie
Le magnanime élan, le généreux effort,
Je mets à tes pieds saints mon cur que purifie
La blancheur dun amour qui ressemble à la mort.
Les fruits
(sonnet)
Je hais les fruits, splendeurs par le soleil mûries,
Prunes de pourpre et dor, dont lodorant sommeil
Dans laube fut troublé par un baiser vermeil,
Mystique Orange, éclose au pays des féeries,Pomme fraîche exhalant le parfum des prairies,
Cerise folle, offrant ses lèvres au soleil,
Abricot à la joue espagnole pareil,
Et pêche aux chairs de femme exquises et meurtries.Les fruits, réalités des rêves du printemps
Dans lostentation de leurs corps éclatants,
Mattristent à légal des choses accomplies.Leur saveur sensuelle et leur lourde couleur
Ne fait frémir en moi que des mélancolies,
Car jy vois lagonie et la mort dune fleur.
Chauve-Souris
Vampire sans horreur et Monstre sans effroi,
Chimère sans beauté, Chauve-Souris, ô toi
Qui va heurtant du front les ténèbres divines,
Ivre dombre et dhorreur, de nuit et de ruines,
Comment ne pas taimer en pleurant, ô ma sur ?
Ta laideur de sabbat éloigne la douceur,
Ton pitoyable élan se brise dans le vide
Tant leffort maladroit de ton lourd vol stupide
Taffole et te tourmente, et ne télève pas !
Et tes regards meurtris sont aveugles et las
Davoir trop adoré les astres et la lune
Tu sembles apporter la sinistre infortune
Et les pressentiments du danger et de la mort
Tandis que lunivers se délasse et sendort.
Ta muette souffrance erre et rôde et ségare.
Pleins de tâtonnements, ton passage bizarre
Mêle linquiétude et la fièvre aux beaux soirs.
Cest toi le frôlement détranges désespoirs,
Furtifs, enveloppés de terreur et de haine.
Passe, spectre éperdu, pareil à lâme humaine
Dans ce quelle a de triste et dignoble et de beau,
Avec ton corps de bête et tes ailes doiseau !
Le Violon
Le Musicien mire un visage hagard
Et des yeux doù léclair des triomphes senvole.
Le soir tombe, apportant une fatigue molle,
Et le vieil homme dit : Il se fait déjà tard.Lamant peut oublier le plus divin regard
Et le son de la plus enivrante parole,
Mais rien ne peut guérir, rien jamais ne console
Lartiste défaillant de la mort de son art.Le violon se tait. Comme par ironie,
Limmortel instrument garde son harmonie
Et, matière, a vaincu lesprit humilié.Il attend un Elu, qui, dans un prochain âge,
Viendra, sans plus songer au vieux Maître oublié,
Recueillir largement le divin héritage.
Corinne Triomphante
Tous deux ont noblement chanté, mais vers Corinne
Se portent léclat et lhommage des yeux ;
Elle a fait murmurer et sangloter le mieux
La lyre, et lHellas devant elle sincline.Et des vierges ont mis à sa tempe
Lorgueil des lauriers, les feuillages du symbole ;
Ses lèvres ont gardé le pli de la parole
Où le rythme savant éclate avec splendeur.Corinne a triomphé, car la gloire ancienne
Des chanteurs refleurit au printemps de son front,
On la nomme divine et la foule répond
Par un élan damour vers la Musicienne.Des roses et des lys, et des roses encor
Seffeuillent en parfum à ses pieds que lon baise.
Elle ne sourit plus, son regard qui sapaise
Semble celui dun aigle arrêtant son essor.A celui que son ode a frappé du silence
Elle va lentement, sans joie et sans orgueil,
Puis élève la voix, et des accents de deuil
Traînent obscurément dans lor de sa cadence.Elle dit : « O Pindare ! ô frère ! nest-ce pas
« Que les lauriers sont lourds sur le front dun poète,
« Et que le doute en nous tressaille et sinquiète
« De les ceindre avant la majesté du trépas ?-« Jadis, la nymphe aux yeux pareils à la rosée
« Fuyait devant le Dieu des chants et du soleil ;
« Lui, saisissant enfin les cheveux de vermeil,
« Ne garda plus aux doigts quune tige brisée.« Et lImmortel, pleurant son Immortalité,
« Fut ta proie, ô Désir qui toujours te refuses !
« En cueillant le lauriers des Héros et des Muses
« Apollon la maudit pour sa stérilité.« Depuis lors, les amants de lalme poésie
« Sont brûlés dun souci plus amer que la mort :
« La forme de leur rêve échappe à leur effort,
« Fugitive éternelle aux lèvres dambroisie.« Ils y laissent leur vie et leurs curs tout entiers
« Et sattristent souvent aux heures de victoire :
« La Déesse les fuit, en leur laissant la gloire
« Et leurs pleurs ont coulé sur les pâles lauriers ! »
La Coupe de Cléopâtre
( A Alice Barney, qui un soir incarna Cléopâtre )
Dans la coupe profonde où rit la liqueur dor,
Débordante, éclatante en fauves étincelles,
Parmi leffeuillement des fleurs et dun trésor,
Cléopâtre a trempé ses lèvres immortelles.Comme de la lumière étincellent ses dents,
Ses paupières de pourpre ont de lourdes paresses,
Elle songe, à travers un nuage dencens,
La royale Assoiffée aux étranges ivresses.De sa voix langoureuse et fatale aux amants
Elle murmure : Assez des vains fruits de la terre !
Il me faut lâpre vin aux lourds parfums fumants
Dont la terrible soif des Dieux se désaltère.Pour que je puisse enfin, songe qui méblouit,
Boire superbement dans la coupe des Reines
Du Vin qui seul enivre et qui seul réjouit,
Verse-moi largement le flot pur de tes veines !Comme un astre levant son visage divin
Que, dompté, lunivers en tremblant idolâtre,
Dans cet enivrement superbe du festin,
La bouche humide et rouge, elle boit Cléopâtre !
Chanson
Lorsque la lune vient pleurer
Sur les tombes des fleurs fidèles
Mon souvenir vient teffleurer
Dans un enveloppement dailes.Il se fait tard, tu vas dormir
Les paupières déjà mi-closes
Dans lair des nuits on sent frémir
Lagonie ardente des roses.Sur ton front lourd daccablement
Tes cheveux font de légers voiles
Dans le ciel brûle infiniment
La flamme blanche des étoilesEt la Déesse du Sommeil
De ses mains lentes fait éclore
Des fleurs qui craignent le soleil
Et qui meurent avant laurore.
Poème
Jai ruiné mon cur, jai dévasté mon âme
Et je suis aujourdhui le mendiant damour :
Des souvenirs, pareils à la vermine infâme,
Me rongent à la face implacable du jour.
Jai ruiné mon cur, jai dévasté mon âme,
Et je viens lâchement implorer du destin
Un reflet de tes yeux au caprice divin,
O tombe fugitive, ô pâleur parfumée
Si prodigalement, si largement aimée !Jai cherché ton regard dans les yeux étrangers,
Jai cherché ton baiser sur des lèvres fuyantes ;
La vigne qui rougit au soleil des vergers
Ma versé dans ses flots le rire des Bacchantes ;
Jai cherché ton parfum sur les lits étrangers
Sans libérer mon cur de tes âpres caresses.
Et, comme les soupirs des plaintives maîtresses
Qui pleurent dans la nuit un été sans retour,
Jentends gémir lécho des paroles damour.O forme fugitive, ô pâleur parfumée,
Incertaine douceur arrachée au destin,
Si prodigalement, si largement aimée,
Jai perdu ton sourire au caprice divin ;
O forme fugitive, ô pâleur parfumée,
Tu mas fait aujourdhui le mendiant damour
Etalant à la face implacable du jour
La douleur sans beauté dune misère infâme
Jai ruiné mon cur, jai dévasté mon âme.
Perle abandonnée
Je rends comme lon jette une perle à la mer,
Au néant cet amour qui me fut rare et cher
Le voici rejeté dans le lit de la mer,
Car rien de toi jamais ne me sera plus cherSéchappant de mes mains, il sen retourne aux ondes
Dont ma main le reçut Perfides et profondes,
O vagues, qui roulez, comme roulent les mondes,
Toujours elle fut vôtre, ô cauteleuses ondes !Reprenez le présent refusé, traîtres flots !
Avec le calme oubli des antiques sanglots,
Jai jeté mon amour au plus profond des flots !
Quil devienne la proie insensible des flotsJai repris mon regret et ma mélancolie.
Cet amour qui ne fut quun songe de folie,
Que je le lance loin de moi, que je loublie !
Ah ! que joublie, et que joublie, et que joublie
Dans la Mort
Dans le frais clair-obscur bleuissant des lumières
Viens rêver de la Mort.. Jadore tes paupièresLes siècles ont glissé sur nos fronts endormis
Plus légers et plus doux que des rires amisEt le ruissellement des feuilles de pivoine,
Pleut dans notre cercueil donyx et de sardoine.Large comme lamphore aux mains de Rébecca
Ton flanc pâlit parmi les pleurs dharmonica.Vient reposer dans lombre où dorment les lumières,
Où jadore la fleur de tes paupières.
Le Palais
« Tu ne construiras point sur le sable. »
Evangile.
Jélevai ce palais où dort lâme des rois,
Où lair chargé de myrrhe et de nard salambique,
Où jévoque le rire ardent de la musique,
Et la liquidité des lyres et des voix.Jentourai de lazur ténébreux des grands bois
Où dorment les serpents, sa façade héroïque,
Je parfumai dun bleu parfum de véronique
Les murs enorgueillis des échos dautrefois.Mais sous votre ombre, ô fleurs vertes du sycomore !
Mon palais assailli par le vent de laurore
Ne sera plus quun peu de gris désenchantéCar je suis de ceux-là que la lumière accable,
Et, tenant par la main la froide Eternité,
Laube me confondra : jai bâti sur le sable.
Le Soir est glorieux
Le soir est glorieux ainsi quun hosanna
Jadis, il me comprit et me rasséréna.Je pleure, en contemplant le ciel roux comme locre,
Sur mon esprit flottant et mon cur médiocre.Le fiévreux souvenir dune Amie est dans lair
LArc-en-ciel de la Mort se lève sur la mer.Et vers toi la Prêtresse, et vers moi la disciple,
Montre la Nuit unique et diverse et multiple.La couleur de mes jours, tel un prisme incomplet,
Sassombrit gravement du vert au violet.Sans révolte, jattends le crépuscule neutre,
Sable, gris où le pas se veloute et se feutre.Plus roue que le vin aux Noces de Cana,
Voici venir le soir qui me rassérénaJadis, et qui versa ses ors de soufre et docre
Sur mon esprit flottant et mon cur médiocre.
Notre-Dame des Fièvres
(Tolède)
Ton haleine fétide a corrompu la ville
Un vert de gangrène, un vert de poison
Grouille, et la nuit rampe ainsi quun reptile.
La foule redit en chur loraison,
Délire fervent qui brûle les lèvres,
Frisson glacial parmi les sueurs,
Vers ta lividité, Notre-Dame des Fièvres !Lombre ta consacré ses mauvaises lueurs.
Les phosphores bleus sont tes frêles cierges,
Et les feux follets dorent ton autel,
Vierge qui souris à la mort des vierges,
Qui demeures sourde à lobscur appel,
Madone vers qui matines et vêpres
Montent en grelottant, Notre-Dame des Lèpres !Ta cathédrale, aux murs rongés par les lichens
Ecure le soir par sa tiédeur fade.
Sur les lits souillés de hideux hymens,
Suinte la moiteur des mains de malade.
Les ladres squameux et les moribonds
Mêlent leur soupir au cri des orfraies
Et baisent tes genoux, Notre-Dame des Plaies !Tes tragiques élus ont incliné leurs fronts
Sous le vent divin de tes litanies.
Et, parmi lencens et les chants sacrés
Et lécoulement des âcres sanies,
Sexhale en relent de pestiférés.
Le pus et le sang et les larmes pâles
Ont béni tes pieds nus, Notre-Dame des Râles !
Désir dAmour
A mon amie S. B.
Je voudrais te dire des choses
Que nulle oreille nentendit
Et sur ton sein cueillir les roses
Que nul encore ne cueillitPour tes yeux pleins de lueurs chaudes
Pour ton corps aux parfums subtils
Je voudrais trouver dans mes rôdes
Parmi la nuit dautres myrtilsCar je sais quaucun homme encore
Na goûté ton hautain baiser
O ton baiser ! le faire éclore
Su tes lèvres, ô me griser !
Adieux à la Sirène
Je tai gardée, auprès de moi, toute une nuit
Et maintenant retourne à la mer, ma Sirène !
Vers la mer, tour à tour menaçante ou sereine,
Car ton front se détourne et mon regard te fuitRetourne à cette mer toujours renouvelée,
Vers laquelle en secret ton songe amer revient,
Qui ta bercée, et qui tappelle et te retient,
Grande comme les cieux, et, comme eux, étoilée !Toi que mes yeux en pleurs ne reverront jamais,
Qui ne peux habiter la maison chaude e tendre
Où fut notre bonheur, qui ne peux plus mentendre,
Va, plonge dans les flots, Sirène que jaimais !
(Sans titire)
Viviane, Gellô, Madeleine ou Cécile,
Dans ma bouche sans cris ta plainte sétouffa ;
Et nous avons connu quil nest pas si facile
De suivre hautement les routes de Psappha.4 janvier 1909
A Cécile
Cette ville, où jai défait tes bandelettes,
A jamais retiendra mon cur orageux.
Garde bien les roses mortes de nos jeux
Et ces violettes.Mercredi.
Noir et gris
Tout, dans ma vie intime, est noir et fris, gris noir
Et mon âme est pareille au ciel gris dans la brume
Ce ne sont que regrets et ce nest quamertume.
Sur moi ne reluit plus larc-en-ciel de lespoir.Autour de moi le ciel est gris et lair grisâtre
Et, tendant vers le feu le frisson de mes mains,
Dans lhorreur des pareils (illisibles) lendemains
Je cherche la chaleur bienfaisante de lâtre.Car nul enchantement, sous forme dune femme,
Ne surprendra jamais enfin mes yeux ravis
Voici : je nattends plus que la mort, notre Dame
Portant un vêtement gris et noir, noir et gris
( Bribes )
Dès ce beau soir, lon me nomme lIndifférente-
Par ce soir triste et froid, je ressemble à la lune-
Je porte froidement ma si froide infortune.-
Mon âme est morte en moi, morte comme la lune-Et ma bouche na plus de baisers, ni, mes mains
Des caresses, ............ étrangère aux humains-Je suis chaste comme la lune
Je méloigne à jamais chastement de.............................................
Désabusée, et pâle, indifférente et lasse
Autant quun roi dEspagne au fond de son palaisJe vais masseoir parmi les choses de la nuit
Et me voici dans la forêt de Brocéliande
Nas-tu point entendu le pas de Viviane ?
Le roi dEspagne est triste au fond de son palais
Car le temps est [un dieu ?] et les hommes sont laids.-----------------------------------------------
Voici que lImplacable elle-même,
elle-même
Pleura,-
Et la mer qui lui fut lieu de naissance hierSétonna
Donne à dautres ta bouche et garde-moi tes yeux,
Garde-moiCar e veux ton regard, profond comme ton âme,
Où demeure en beauté ta misère de femme.
POEMES SIGNES PAULE RIVERSDALE
Vers lAmour (1903)
Portraits
Jaime la beauté de tes yeux étincelant,
Le ton de tes cheveux dorés et chatoyants,
Ton petit nez mutin, ton front de tubéreuse,
Ton profil gracieux, ta sveltesse onduleuse.
La blancheur de tes seins pareils aux monts neigeux
Se dresse fièrement pour provoquer les cieux,
Et tes mains aux longs doigts, savants en caresses,
Laborieusement prodiguent les ivresses.
Le rythme de ta voix me cajole et me plaît,
Ton esprit si divers mamuse et me distrait.
Lombre du duvet blond reflété sur tes lèvres
Brûle mon jeune sang dintolérables fièvres ;
Ta grâce damoureuse inlassable pâlit,
Dans lardeur de lalcôve et dans lombre du lit,
Ton corps voluptueux sous mes baisers tressaille.
Oh ! les coups de ton cur dans la belle bataille !
Divinité
Déesse aux yeux dor brun, clos ta paupière rose,
Fais des songes damour ; que ton sommeil soit doux ;
Que le rêve lointain comme un rayon se pose
Sur ton front languissant et sur tes cheveux flous.
Je voudrais être la nuit, afin de tétreindre,
Je voudrais te presser sur mon cur frémissant,
Entendre ton sanglot voluptueux se plaindre
Et retenir lamour qui sourit en passant.
Désir
O toi dont le beau corps est fait de volupté,
Toi, dont le clair regard séduit, affole et grise,
Jaime frôler et voir ta pâle nudité,
Et cueillir sur ta bouche une douceur promise ;
Me pâmer de bonheur et nentendre aucun bruit ;
Oublier que jexiste et vivre dans un songe ;
Fermer les yeux, rêver, me perdre dans la nuit,
Quand lécho des aveux ardemment se prolonge.
Enterrée vivante
Leffroyable réveil de se voir sous la terre,
Essayant débranler les murs de sa prison.
Et sachant que bientôt cette lugubre bière,
Impitoyablement, lui prend sa raison.
Elle pousse des cris, des sanglots de détresse,
Sarrachant les cheveux, elle tremble dhorreur,
Pensant à son aimé qui pleure avec tendresse
Celle qui fut la joie et la fleur du bonheur.
Elle crispe ses mains, repoussant le suaire
Qui paralyse son effort épouvanté,
Dans ce sépulcre froid, tristement solitaire
Dont aucun mot ne peut dire latrocité.
Elle entend des pas sourds. Est-ce la délivrance ?
Dans un dernier sursaut, appelant le sauveur,
Qui séloigne en chantant sa placide ignorance.
Ce passant ne sait point ce qui le rend rêveur ;
Cest un écho lointain, une légère plainte,
Venant dun être humain, qui là, tout près de lui,
Se sent mourir deffroi dans le noir labyrinthe,
Dune livide enfant dont lespérance a fui.
La Sirène
Sirène au corps dargent, dont le regard fascine,
Tu glisses comme un rets sur limmense océan,
Attirant par ta voix, ô néfaste androgyne,
Le crédule pêcheur vers le gouffre béant.
Tes chants mélodieux, dans la nuit étoilée,
Dans le calme divin, font tressaillir démoi,
Et de loin on entend cette harmonie ailée
Qui glace lhomme plein de désir et deffroi.
Tu tapproches de lui, les lèvres souriantes ;
De ta chair parfumée émane le péril ;
Tu lappelles encor de tes mains suppliantes ;
Il est sous le pouvoir de ton charme subtil.
Inconscient, il suit la forme enchanteresse,
Oubliant son foyer, le bonheur du retour,
Et les serments quil fit à sa jeune maîtresse :
Tu le tiens désormais dans tes filets damour ;
Mais il sabîme au fond de londe impitoyable,
Il voit confusément lépouvante des mers,
Des cadavres meurtris sur leur couche de sable,
Les crabes jaillissant de crânes entrouverts.
Il veut se libérer de sa prison mouvante,
Il tend ses bras vaincus vers lhorizon dairain,
Puis meurt dans un sanglot. Et la douce voix chante,
Car une autre victime éclaire le lointain.