Paris littéraire au féminin

En 1900, les femmes écrivains du monde entier viennent s’installer à Paris. Des salons littéraires sont créés où se rencontrent fréquemment Colette, Anna de Noailles, Natalie Barney, Liane de Pougy. Les femmes se lancent dans l’écriture avec succès. Le public se reconnaît en elles et encourage leur participation à la vie culturelle, à la surprise de certains critiques littéraires. Ainsi Casella et Gaubert s’exclament : "Ce qui est étonnant, c’est qu’elles ont souvent du talent."(*1) D'autres, moins misogynes, comme E. Charles remarquent : "Avec la sincérité des femmes est née une sorte de lyrisme savoureux, audacieux, agaçant d’une sensualité précise et détaillée."


Les débuts d’une écriture lesbienne

Le saphisme n’avait jamais autant inspiré les écrivains, mais il s’agissait surtout d’une littérature masculine, écrite par les hommes, souvent frivole et nourrie de voyeurisme. En 1900, les femmes commençaient à peine à s’exprimer. Il leur était difficile de parler de leurs désirs, et plus encore si leur amour allait vers d'autres femmes. Renée Vivien refusait de se censurer.(*2) En retour, elle dut affronter la critique, les insultes et la désapprobation. La presse, admirative de son talent, était déroutée devant ses révélations saphiques qui furent bientôt plus connues que son œuvre :

"J’ai eu tout à fait la sensation du pilori aux courses le dimanche et au café de Paris, aux soupers et aux restaurants où je dînais. Tous ces gens gouailleurs et hostiles et qui sourient en vous regardant", disait-elle à son meilleur ami, Charles-Brun. (*3)

À la curiosité déplacée de certains journalistes, Renée Vivien répond dans son roman Une Femme m’apparut : "Ne me parlez pas de ces fausses admirations, qui ne sont qu’un inavouable mélange de curiosité malsaine et de vice ! Je préfère toutes les attaques, toutes les insultes même à ces admirations-là."
Plus loin, elle s’en remet aux femmes : "Rencontrer une compréhension fraternelle, sans étonnements, sans éloges, une compréhension muette et féminine qui consolerait de toutes les paroles lues et entendues".
Féminine, voici un mot qui plaisait à Vivien. "La féminité déconcertante de Vivien troubla, puis irrita bien des gens. Commencèrent alors les attaques, tantôt sournoises, tantôt grossières de la presse." (*4) La féminité et le saphisme exclusif de Vivien furent les deux raisons du rejet et de l’exclusion dont elle était victime.

Notes :
(*1) : Virginie Sanders, La Poésie de Renée Vivien, p. 114.

(*2) : voir "Literary Women", Ellen Moers.

(*3) : Jean-Paul Goujon, Tes blessures sont plus douces que leurs caresses, p. 305.

(*4) : id., p. 303.

Note perso : Deux femmes ont tentés d'écrire sur le lesbianisme : Liane de Pougy et Natalie Barney.
- Le roman de Liane de Pougy, l’"Idylle saphique" fut publiée en 1900. Liane de Pougy a écrit ce roman à la suite de sa liaison avec Natalie Barney. Connue du tout Paris, Liane de Pougy voulait par ce roman, en somme très moralisateur, se repentir et de se faire pardonner son aventure.
- Quelques portraits-sonnets de femmes, écrit par Barney, peu après sa rencontre avec Vivien. Publié à un très petit nombre et à compte d’auteur, ce recueil ne fut pas commercialisé. D'autant plus que le père de Barney, ayant eu vent des poèmes saphiques de sa fille, s’empara des exemplaires qui venaient d’être imprimés.

 

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Renée Vivien