Oeuvre
poétique
Kitharèdes,
1904
Korinna
Myrtis
Télésilla
Eranna
Ode à la Force
Damophyla de Pamphylie
Telesippa
Nossis
A Eros
Epitaphe sur Rhinthon
A Héra
Sur limage de Sabaithis
Sur le réseau de Samytha
Sur une image dAphrodita
Praxilla
Poème dAmour
Anyta de Tegee
Anyta de Mytilène
Sur un dauphin
Moiro
Sur les Nymphes de lAnigros
Charixéna
Kléobulina
Korinna
Pour tes Hermès lutte un jour contre Arès.
Grondant à la vérité fortement de colère
Et lui, sétant montré, à la vérité détruisit la ville
est battu par des hachesGrondant en vérité dune forte colère,
LArès un jour lutta contre lHermès ailé,
Pour ton rire, Aphrodite immortellement claire
Qui disposais ton corps sur le lit étoilé.Les héros combattaient auprès des héroïnes,
Une pourpre de meurtre embrasait le Levant :
Mais toi, tu fis chanter les écailles divines,
Indifférence au choc des haches, et rêvant.Les glorieux vaincus ensanglantaient largile :
La lance de lArès brûla, comme un éclair.
Sétant montré, terrible, il détruisit la ville.
Et toi, tu souriais de voir briller la mer.
Et quelquun chantant de façon douce
La terre est comme un vase étrusque,
Fond rouge et dessin noir :
Dans la plaine où lombre sembusque,
Déméter vient sasseoir ;
La flèche du couchant sémousse
Sur les lichens et sur la mousse.
Quelquun, chantant de façon douce,
A traversé le soir.La nuit hésite sur le porche
Donyx et de lapis,
Et la résine de sa torche
A des parfums diris.
Du crépuscule vert émerge
Quelquun chantant comme une vierge,
Et le mélilot de la berge
Connaît ton pas, Myrtis.Tes doigts caressent le kithare,
Cherchant le rythme exact :
Sous la langueur du toucher rare
Surgit lhymne compact.
Tu te plais au beau simulacre
De la victoire et du massacre,
Et, plus rayonnant que la nacre,
Brille ton corps intact.La terre est comme un vase étrusque,
Fond rouge et dessin noir :
Dans la plaine où lombre sembusque,
Déméter vient sasseoir ;
La flèche du couchant sémousse
Sur les lichens et sur la mousse.
Quelquun, chantant de façon douce,
A traversé le soir.
Est-ce que tu dors sans interruption ?
En vérité, tu nétais point avant, KorinnaDors-tu docilement dans le lit des années,
Musicienne dont la harpe résonna
Jusquau Temple très noir des sombres Destinées ?
Nétais-tu pas, avant, lardente Korinna ?Se peut-il que lHadès aveugle te possède,
Et dont les yeux riaient du rire des bluets
Et des blés mûrs ? O toi qui fus la Kitharède,
Dors-tu parmi les morts et leurs paktis muets ?Les champs, que le soleil dété martèle et frappe,
Te virent cependant, dans ta jeune beauté,
Dénouer tes cheveux où saignait une grappe
Et célébrer la vigne où sempourpre lété !Un souffle olympien soulevait ta poitrine,
Tu chantais, et lardeur de ton vers étonna
La Parthène rigide et chryséléphantine
En vérité, dors-tu, toi qui fus Korinna ?
devant chanter de belles récompenses pour
les femmes de Tanagra aux blancs péplos : et ma
ville sest grandement réjouie de mes chants au
babil harmonieux.Des roses ont neigé sur la plaine éblouie.
Dans lair résonne encore un triomphe subtil ;
Ma ville sest hier grandement réjouie
De mes chants de femme à lharmonieux babil.Les échos de ma lyre animaient les silences
Jétais déjà pareille aux rigides Paros,
Et mes strophes étaient vos belles récompenses,
Vierges ceintes de fleurs, femmes aux blancs péplos.Jai loué la valeur des graves héroïnes
Que limmortelle main de Pallas consacra.
La foule aimait en moi les Piérides divines,
Et ma gloire épousait ta gloire, ô Tanagra.
Thespia, de belle race, hospitalière, aimée des Muses
Effeuillons les lauriers noirs comme tes prunelles,
Thespia ! moissonnons le myrte et le cerfeuil,
Car, pour glorifier tes paupières très belles,
Les Piérides tressaient leurs roses sur ton seuil.Les pâtres te louaient, femme de belle race,
Et tapportaient les fruits dorés de la saison.
Les étoiles brillaient, moins claires que ta face :
Tu fus hospitalière en ta noble maison.Dans tout le glorieux pays, depuis laurore,
Les Aèdes ont célébré tes sourcils bruns.
La phorminx aux mains des Kitharèdes thonore
Pour ta sagesse et ton sourire et tes parfums.
Et je blâme aussi la mélodieuse Myrtis
de ce que, étant femme, elle entra en rivalités avec Pindare.Oh ! les flots empourprés que frappent les rameurs,
Et la Mort qui grimace à travers les murailles !
Pourquoi, Myrtis, jeter les sanglantes clameurs
Des buccins dominant le fracas des batailles ?La gloire est un flambeau que le silence éteint.
O Myrtis, la victoire est une courtisane,
Et celui qui la frappe est celui qui létreint.
Le sage a le dégoût de son baiser profane.Chante le soir, lampleur des collines et lair
Pacifique, le temple où pâlit la pensée,
Et le flot qui frémit, plus troublant que la chair
Ta voix consolera lAphrodite blessée.Car la voix dune femme, ô Myrtis, doit savoir
Moduler lentement ses langueurs incertaines,
Elle doit sallier au silence du soir
Et se mêler au frais murmure des fontaines.
Myrtis
Le soir nuançait lor dHellas
De pourpre égyptienne :
Joffris la coupe dHypocras
A la Musicienne
Elle errait en riant, auprès
Des aloès et des cyprès
Et des roches aux bleus de grès,
Myrtis lIonienne.Elle évoquait les bords du Styx,
Les asphodèles jaunes,
Où les sphinx aux ongles donyx
Sétirent près des Faunes,
Et dans la strophe, comme un choc
De boucliers dor contre un roc
Où le marbre sommeille en bloc,
Luttaient les Amazones.La mélodieuse Myrtis
Aux paupières divines,
Livre ses cheveux de maïs
Aux brises des collines.
Elle ressuscite, à travers
La blancheur de ses nobles vers,
Vigoureux comme les hivers,
Lâme des héroïnes.Joffris la coupe dhypocras
A la Musicienne,
Dont le vers mêle aux ors dHellas
La pourpre égyptienne,
A la vierge qui passe auprès
Des aloès et des cyprès
Et des roches aux bleus de grès,
Myrtis lIonienne.
Télésilla
Cette Artémis, ô vierges, fuyant Alphéos
Cette Artémis, fuyant le désir mâle, ô vierges,
Tourna vers le lointain du sud ses yeux lassés.
Et ses pieds fugitifs illuminaient les berges,
Foulant avec dégoût les couples enlacés.Ses longs rayons aigus perçaient lombre des rives
Et dardaient les venins, les terreurs et les maux,
Sur les hommes en rut et les femmes passives,
Luttant et se mêlant comme les animaux.Car son orgueil se plaît aux jeux chastes et rudes
De la course à travers le ravin et le pré ;
Elle cherche leffroi des larges solitudes
Où nul souffle mortel ne trouble lair sacré.
Eranna
Pompilos, poisson qui envoies aux matelots
une heureuse navigation, puisses-tu escorter du
côté de la poupe ma tendre Maîtresse !Pour que le vent soit doux comme ma caresse,
O poisson de bon augure, Pompilos,
Escorte la nef de ma tendre maîtresse,
Orgueil de Lesbos.Nage assidûment du côté de la poupe,
Et vois rayonner son visage divin
Ses yeux sont des fleurs, ses lèvres, une coupe
De miel et de vinEscorte, jusquà la rive de Phocée,
Ma Maîtresse au front couronnée de cerfeuil
Les thrènes, devant sa maison délaissée,
Gémissent leur deuilPour que le vent soit doux comme ma caresse,
O poisson de bon augure, Pompilos,
Escorte la nef de ma tendre maîtresse,
Orgueil de Lesbos.
De tes enfantines mains, ces traits
Ces dessins, labeur de tes mains enfantines,
Evoquent le seuil fleuri de mélilot,
Où les chants venus des lointaines collines
Traînaient leurs sanglots.Les vierges dHellas cachent leur clair visage,
Etoiles devant la lune dans son plein,
Devant tes pieds nus, devant ton doux langage,
Ton rire serein.Ces lettres, labeur de tes mains enfantines,
Ont le charme vain et tendre dun écho
Dans lample Lydie aux limpides collines
Sattarde Myrô.
Excellent Prométhée, il y a aussi des humains qui tégalent en habileté : qui que ce soit qui véritablement ait dessiné cette vierge, si lon eût ajouté aussi la voix, cétait Agatharchis tout entière.
Celle qui grava ces paupières décloses
Ainsi que des fleurs, ces beaux doigts sans anneau,
Ce corps puéril, plus tendre que les roses,
Plus souples que leau,Eût-elle ajouté la voix qui sollicite
Et qui persuade, ainsi que le paktis,
Elle eût évoqué la splendeur dAphrodite
Et dAgatharchis.
Vous qui parlez peu, femmes aux cheveux
blancs, vous, fleurs de la vieillesse pour les mortelsFemmes aux cheveux blancs que lhiver caresse,
Vous que réjouit lintimité du feu
Et du crépuscule, ô fleurs de la vieillesse,
Vous qui parlez peu,Vous avez la paix candide des années,
Vous êtes le chur des vivants souvenirs :
Douces, vous tressez les couronnes fanées
Des anciens désirs.Vous vous attardez, comme autrefois, aux porches
Où Phoibos blondit la mousse et les lichens,
Et vous allumez en souriant les torches
Rouges des hymens.Vous aimez lautomne aux yeux bruns et la rouille
Des portes où le vent laisse un parfum salin :
Vous filez, au chant de votre humble quenouille,
La neige du lin.La vierge respecte et craint votre sagesse,
Et votre saut est lent comme un adieu,
Femmes aux cheveux blancs, fleurs de la vieillesse,
Vous qui parlez peu
De ce côté, le vain écho traverse à la nage (le
fleuve) vers lHadès ; le silence (demeure) chez
les morts, et lombre sempare des yeux.Le vain écho nage aveuglément vers lombre
Où les plus beaux churs ne sont quun remous bref,
Où le souvenir le plus cher plonge et sombre
Ainsi quune nef.Lasse, la pleureuse, ivre de somnolence,
Auprès dune stèle épuise ses transports ;
La cruche de deuil est vide, et le silence
Règne chez les morts.La myrrhe, fumant dans lor des cassolettes,
Ne réjouit plus les jardins daloès ;
Les vierges sans voix tressent les violettes
Blanches de lHadès.Les baromos se sont tus sous les acanthes
Rouillés et pareils à des miroirs ternis,
Les flots du Léthé reflètent les Amantes
Aux bras désunis.Perséphoné tisse en des trames funèbres
Les fils brisés des espoirs et des adieux.
Elle seule veille et songe, et les ténèbres
Semparent des yeux.
Doux fut ce labeur dErinna
Le couchant rougit, de son faste
Cruel, ton bleu péplos,
Qui, dans ses plis, à lampleur chaste
Et simple du Paros,
Et tes cheveux de Néréide,
Dont Psappha chantait lor fluide,
Tremblent sous le vent qui les ride,
Eranna de Télos.Les nefs aux frissons de fantômes
Dardent leurs mâts pointus ;
Les aromates et les baumes
Concentrent leurs vertus ;
Tandis que sempourpre la plaine,
Pâle, tu suspends ton haleine,
Et tes yeux cherchent Mytilène
Dont les churs e sont tus.Au-delà des rouges collines
Sirisent les embruns :
Tu souris aux mains enfantines
Que baignent les parfums,
Aux mains qui, par les soirs dopales,
Gravaient ces lettres musicales,
Gazouillant comme les cigales
Ivres de verts parfums.Les pipeaux quun satyre affûte
Sargentent, et le bruit
Deaux et de feuilles de la flûte
Susurre et coule et fuit.
Ton âme damoureuse écoute
Les voix errantes sur la route,
Et, prophétique, elle redoute
Lapproche de la nuit.
Cependant elle nest point perdue pour la
mémoire des hommes, ni cachée sous
laile ombreuse de la nuit noire.Lheure ardente et solennelle,
Et Psappha, se penchant
Vers Eranna, pleure comme elle
LAdonis du couchant.
Parmi léclair des bandelettes
Et les tiédeurs des cassolettes,
La Tisseuse de Violettes
Trame les fleurs du chant.Au lointain, laimable hirondelle
Pointe et darde son vol,
Et les prés ont la sauterelle
Pour humble rossignol.
La vague meurt dans une étreinte ;
Sur la montagne, lhyacinthe
Ensanglante de pourpre éteinte
La matité du sol.Psappha tourne vers sa disciple
Son regard vaste et doux,
Profond comme le soir multiple
Sur londe sans remous.
Elle parle, et lombre révère
La beauté de son front sévère :
Quelquun, dans lavenir larvaire,
Se souviendra de nous.
Ode à la Force
Fille de lArès, Constance belle et rude,
Tes yeux, où leffroi du passé brûle encor,
Sont pareils aux yeux noirs de la solitude
Sous ton réseau dor.Dans un ciel massif tu demeures, mortelle,
Linfini dans tes regards extasiés,
Que Sélanna règne ou que Phoibos attelle
Ses fougueux coursiers.Un pâle troupeau dâmes crépusculaires,
Réprimant les pleurs et les lâches sanglots,
Tobéit, ô toi qui brises les colères
Lascives des flots.Tu vois sans terreur la tempête qui fume
Et le sang futur empourprer le Levant,
Toi qui sais dompter le tonnerre et lécume
Et le cri du vent.Le Temps détruira les Dieux, mais le Temps même
Ne changera pas ton sourire dairain :
Tu sais opposer à lAnanké suprême
Ton mépris serein.O toi lInvaincue, ô toi lInaccessible,
Tes paupières ont le doux pli de la mort ;
Tu sembles rêver, telle en son lit paisible
La vierge qui dort.Tes Tempes sans fleurs ont dédaigné la palme.
Le couchant a moins de paix que ton orgueil,
Et le rocher moins de grandeur et de calme
Que ton grave seuil.Semblable à la nuit où séteignent les flammes
Et les roux éclairs de lastre révolté,
Enseigne aux héros lendurance des femmes
Et leur loyauté.
Damoyla de Pamphylie
Lombre bleuit les monts sacrés
Doù Phoibé, lente, émerge.
Ses rayons coulent sur les prés
Comme leau sur la berge.
Pareil aux Pommes dOr, le fruit
Du clair verger frissonne et luit ;
Damophyla parle à la nuit :
« Je serai toujours vierge.« Psappha me brûle de ses yeux.
Je toucherai, comme elle,
De mes bras étendus, les cieux
Que lor des nuits constelle.
Je verrai lavant des vaisseaux
Sillonner la pourpre des eaux,
Et les Muses aux beaux travaux
Me rendront Immortelle. »Elle dit, le front détourné,
Car lêtre solitaire
Garde en son cur prédestiné
Le songe et le mystère ;
Lherbe a des bleus froids de lapis
Que percent des éclairs diris,
Et, triomphante, lArtémis
Illumine la terre.
Télèsippa
Télésippa à Anagoras
Tissons lhyacinthe et liris
En des trames confuses ;
Je chanterai, sur le paktis,
LAphrodite et ses ruses.
Lève tes paupières sans fard
Doù coule un limpide regard :
Nous avons une bonne part
Dans les présents des Muses.Ceins ton front chaste de lotos,
Ainsi quune danseuse
Tanagréenne au blanc péplos.
De ta voix damoureuse
Chante le mélos, de ta voix
Défaillante comme autrefois
Divine écaille, sous nos doigts
Deviens harmonieuse.
Nossis
Nossis à lEtrangère
Etranger, si tu navigues vers Mytilène aux
beaux churs pour y cueillir la fleur des
grâces de Sappho, dis-lui quune femme de
Locres, chère aux Muses et à elle aussi,
Enfanta dautre (chants) pareils et que mon
Nom est Nossis. Va.Etrangère aux yeux noirs qui vas vers Mytilène
Où lon cueille la fleur des grâces de Sappho,
Ecoute ! je te parle et suis à bout dhaleine
Lorsque tu reviendras, fidèle comme Echo,Parle-nous de la ville indolemment couchée,
Telle une courtisane aux voiles de byssus,
Qui sallonge sur la couche molle, jonchée
De roses, de fenouil, diris et de crocus.Vierge, dis à Sappho quune femme répète
Les odes où sattarde un sourire dAtthis,
Quelle a chanté les vers du souverain Poète :
Etrangère, apprends-lui que mon nom est Nossis.Dis-lui quen appelant sa caresse inconnue,
Jai sangloté damour sous mes cheveux épars,
Que je la vois, pareille à lAphrodite nue,
Dis-lui que je lattends et que je laime Pars !
Epitaphe sur Rhinthon
Rien nest plus doux quEros, et tout ce qui
est heureux vient après. Jai craché de ma
bouche même le miel. Et voici ce que dit
Nossis ; Celle que Kupris na point aimée
ne sait pas quelles fleurs sont les roses.
Vierges et femmes, rien nest plus doux que lamour.
Les Kharites aux bras blancs, et les jeunes Heures,
Les Piérides au front ardent comme le jour,
Et lAurore aux pieds nus, lui sont inférieures.Je dédaigne le vin, je méprise le miel,
Je ne veux que le goût des baisers à ma bouche ;
Ni les frissons de leau ni les remous du ciel
Négalent londoiement de ta chair sur ma couche.Celle qui dédaigna le rire de Kupris
Et qui na point connu son lit de Violettes
A le front gris des Mots. Ainsi parle Nossis
Dont lEros enduisit de cire les tablettes.Celle qui ne craint point à légal du trépas
Les aubes sans caresse et les nuits ans murmure,
O Déesse aux yeux bleus ! celle-là ne sait pas
Quelles fleurs sont les roses de ta chevelure !
Epitaphe sur Rhinthon
Et, ayant ri aux éclats, tourne-toi vers moi et
dis-moi une parole amicale. Je suis Rhinthon
de Syracuse, chétif rossignol des Muses, mais
des bouffonneries tragiques nous avons cueilli
notre lierre personnel.Jai ployé sous le poids accablant de la lyre,
Et jai pleuré jadis des vers sans lendemain :
Murmure une parole amicale, et dun rire
Réjouis mon silence, et passe ton chemin.Moi, qui fus un chétif rossignol des Piérides,
Jai chanté le printemps au lumineux retour ;
La lune me baigna de ses remous limpides,
Jai vécu fervemment mes bleus minuits damour.Je vis blondir Phoibé radieusement nue
Aujourdhui je sommeille au pied des aloès
Et des rudes cactus : et mon ombre inconnue
Erre dans la forêt muette de lHadès.Jallumai pour lhymen la torche qui flamboie,
Mes pampres ont orné le glorieux autel
Un peu de cendre obscure et pourtant de ma joie
Tragique je cueillis mon lierre personnel
A Héra
Déesse vénérable, toi qui souvent descendant
du haut du ciel, contemples le sanctuaire
parfumé de Lacinium, reçois le vêtement du
lin le plus fin que, avec son illustre fille Nossis
tissa pour toi Theuphilis, fille de Kléocha.Bienheureuse Héra, la Très-Belle et lAuguste,
Qui daignes contempler de tes regards puissants
Le glorieux naos que parfumes lencens,
Levant ton front divoire où le béryl sincruste,Accepte en souriant cette robe de lin
Que les mains de Nossis tissèrent sous lacanthe,
Nossis aux beaux sourcils, dont les cheveux damante
Sempourprent à légal du couchant et du vin.
Sur limage de Sabaithis
Elle est reconnaissable même dici. Voyez
de Sabaithis cest limage par le corps et
lâme magnanime. Regarde cette sérénité ;
je crois voir aussi sa douceur. Réjouis-toi
beaucoup, femme heureuse.Ceux qui ne lont point vue admirent Sabaithis.
Lointaine, on la contemple en sa beauté présente :
Voici ses bras de rose et ses yeux de lapis
Et ses cheveux dorés que la brise tourmente.Passant, arrête-toi devant ce frais regard
Que la claire sagesse anime de sa flamme,
Et dans ces traits, plus doux que le miel et le nard,
Reconnais la splendeur visible de son âme.Garde la douce paix sur ton front, et souris
En ta double splendeur de vierge et damoureuse,
Immortelle au milieu des rosiers défleuris
Salut à ton triomphe, ô femme bienheureuse !
Sur le réseau de Samytha
Il a paru quAphrodite avait reçu avec joie,
en offrande ce réseau de cheveux de Samytha.
car il est ingénieusement travaillé, et a une
douce odeur de nectar, de ce (nectar) dont elle
oint aussi le bel Adonis.Dans lombre, doù lautel paré de flamme émerge
Loffrande a réjoui la blanche Aphrodita :
Ce réseau, parfumé des cheveux dune vierge,
Ce réseau qui ceignit le front de Samytha.Le filet, savamment tissé par ses compagnes,
A lodeur du nectar que tu versas jadis,
O Déesse ! en lazur des célestes montagnes,
Sur le corps puéril et souple dAdonis.Comme le mélilot et liris de la berge,
Ce filet réjouis la claire Aphrodita,
Car il est parfumé des cheveux dune vierge,
Car il ceignit le front doré de Samytha.
Sur une image dAphrodita
Kallo, ayant dessiné une image sur cette
planche, la offerte à la demeure de la blonde
Aphrodita, que cette image représente.
Combien elle est doucement figurée ! Vois
comme y fleurit la grâce. Réjouis-toi : car elle
na aucun reproche dans sa vie.La Déesse a jaillit des mains de la mortelle,
Ressuscitant son rire immortellement clair,
Plus blanche que lécume et les embruns, et telle
Que la virent jadis le soleil et la mer
La Déesse a jailli des mains de la mortelle.Car ainsi la voulut et la rêva Kallo,
Qui jadis vit monter jusquà son apogée
Hespéros, et plus tard, dans un tremblant halo,
Le char de Sélanna descendre vers lEgée ;
La Déesse a fleuri le songe de Kallo.Les patientes mains qui pétrirent largile
Achevèrent enfin leur labeur triomphal.
Tu téchappas, Kupris, dont lhaleine distille
Lambre artificiel et le miel végétal,
Des patientes mains qui pétrirent largile.La statue a surgi de livoire et de lor
Et frissonnants, autour de ta forme divine,
Les passereaux, de laube ont pris leur prompt essor.
LAphrodita, debout et chryséléphantine,
Illumine les flots gris de ses cheveux dor.Et les regards levés sur la Déesse nue,
La vierge est morte, ayant accompli son désir,
Car les penseurs brûlés de la fièvre inconnue
Qui réclament le songe impossible à saisir,
Meurent, les yeux levés sur la Déesse nue.
une femme de Locres enfanta
dautres (chants) pareilsCeMoi, la Kitharède de Locres
Dont la voix triompha,
Dans le jour de safrans et docres
Qui trace son alpha,
Et dans le couchant décarlate
Où lâme des oeillets éclate
En véhémences daromate,
Je suis chère à Psappha.
La Prêtresse unique et multiple
Vint hier me choisir
Pour amoureuse et pour disciple
Dangoisse et de plaisir,
En me disant : « Vers les soirs tièdes,
Chante à la façon des Aèdes
La compagne que tu possèdes
Et qui fut ton désir.
« Dors sur le sein de ta maîtresse,
Comme moi près dAtthis,
Lorsque la Nuit aux yeux bleus tresse
Ses couronnes diris »
Par les tremblantes accalmies,
Ma voix aux craintes raffermies
Reprend les beaux churs des Amies,
Et mon nom est Nossis.
chère aux Muses et à elle aussi
O Lesbos, je suis chère à Psappha lImmortelle.
Elle entend, dans lHadès, mes fugaces accords
Et la vierge de mon désir lui semble belle.
Elle sourit parmi le nuage des Morts,
Quand je viens, attisant les tièdes cassolettes,
Cueillir ses violettes.
Je tai cherchée, ô fleur des Kharites ! ô toi
Quon désire à travers les formes adorées,
Dans le mélos ployé sous une exacte loi
Et dans les flots sereins dune mer sans marées,
Dans le rêve des gris oliviers, dans le chant
Funèbre du couchant.
Je nai point écouté les faiseurs de mensonges
Dont le souffle a terni la clarté de ton nom :
Je suis venue avec mes parfums et mes songes,
En répandant le lait de la libation,
Et je tai dit : « Voici les roses que je tresse,
Et voici ma jeunesse. »
Seule dans mon orgueil damour, jai méprisé
Les silences amers, les rires et les blâmes,
Et, pieuse disciple, à ton autel brisé,
Jai rallumé lardeur expirante des flammes :
Jai tissé le fenouil, la rose et le cerfeuil
En guirlandes de deuil.
Nas-tu point dit, jadis, devant les cieux dopale,
Caressant Eranna courbée à tes genoux,
Et mêlant tes cheveux noirs à ses cheveux pâles :
« Quelquun, dans lavenir, se souviendra de nous.
Les Muses, à qui plaît la voix des amoureuses,
Nous firent glorieuses. »
mon nom est Nossis.
Que mon salut te suive au-delà de la mer
Et des couchant de pourpre, ô femme qui navigues
Vers Mytilène aux murs vivants comme une chair,
Vers la Rive couchée en ses roses prodigues,
Qui recueille les noms jeunes et le printemps.
Des hymnes consentants.
Eranna de Télos sattarde dans la ligne
Féminine de la crique, sa brève voix
Chante plaintivement le petit chant du cygne.
Parfois, ressuscitant les baisers dautrefois,
Elle erre, les cheveux défaits, sous laile ombreuse
De sa nuit damoureuse.
Pars, Etrangère, annonce à lardente Sappho
Qui jaillit des Temps bleus, unique Fleur des Grâces,
Que, lente, jai tissé des strophes sans défaut
Lorsque sur le métier retombaient mes mains lasses,
Et dis, en apportant les couronnes diris,
Que mon nom est Nossis.
Praxilla
AdonisJabandonne à la vérité la lumière très
belle du soleil, ensuite les astres brillants et
le visage de la lune, et aussi les concombres
de la saison et les pommes et les poires.Je quitte en gémissant la lumière très belle
Du soleil, et la grotte où lazur vient pleuvoir,
Les prés où la cigale attend la sauterelle,
Les pipeaux de laurore et les flûtes du soir.Jabandonne le rire attentif de la Lune,
Léloge de la foule et laccueil des amis,
Des vierges dénouant leur chevelure brune
Dans le jardin nocturne aux parfums endormis.Les fils enchevêtrés des lueurs et des ombres
Ne menlaceront plus de leurs tissus légers,
Lardeur des grappes et la fraîcheur des concombres
Ne mattireront plus vers les brillants vergers.Je ne cueillerai plus les pommes ni les poires,
Je ne mirerai plus mes yeux noirs dans le flot
Qui me taquine avec des appels illusoires,
Je ne métendrai plus parmi le mélilotMais dites : « Praxilla ne meurt pas tout entière,
Car ses chants font sunir les lèvres et les mains,
Et son âme sattarde en un peu de poussière
Sous les beaux oliviers qui bordent les chemins. »
Poème dAmour
O toi qui jettes un beau regard à
travers les fenêtres, vierge par la
tête, femme par en basO toi qui savamment jettes un beau regard,
Bleu comme les minuits, à travers les fenêtres,
Je te vis sur la route où jerrais au hasard
Des parfums et de lheure et des rires champêtres.Le soleil blondissait tes cheveux dun long rai,
Tes prunelles sur moi dardaient leur double flamme ;
Tu mapparus, ô nymphe ! et je considérai
Ton visage de vierge et tes hanches de femme.Je te vis sur la route où jerrai au hasard
Des ombres et de lheure et des rires champêtres,
O toi qui longuement jettes un beau regard,
Bleu comme les minuits, à travers les fenêtres.
Anyta de Tégée
Sur une offrande dEchécratidasReste ici, homicide (lance) de bois de
cornouiller, et ne répands plus le triste
meurtre des ennemis autour de ton ongle
dairain : mais fixée dans la haute demeure
en marbre de lAthéna, dis la bravoure du
Crétois Echécratidas.Quittant lair troublé que laboure
Le glaive aux éclairs froids,
Redis au peuple la bravoure
Du valeureux Crétois.
Repose en paix, ô rouge lance !
Evoque, dans la somnolence
De ces murs au grave silence,
Les combats dautrefois.Dans lombre que lencens parfume,
Près de lautel serein,
Tu regrettes le sang qui fume,
Et le choc souverain ;
Sur la plaine où le jour sefface,
Mélancoliquement tenace,
Tu ne dresses plus la menace
De son ongle dairain.Ici, le soir fumeux attriste
De son rire fané
Le sanctuaire daméthyste
Et de jaspe veiné.
Repose dans la ténèbre ample
Et pacifique de ce temple,
Où la vierge aux bras blancs contemple
Limage dAthéné.
Anyta de Mytilène
A Pan aux cheveux hérissés et aux nymphes
protectrices des bergeries, Theudotos, qui
fait paître les brebis, offrit ce présent sous son
lieu dobservation. Cest parce que, un jour
quil était grandement fatigué par lété
desséchant, elles le reposèrent, lui ayant
présenté dans leurs mains une eau douce
comme le miel.Dinvisibles pipeaux charment ma solitude.
Le soir voit défleurir le mélilot des prés.
O nymphes aux yeux verts, et toi, Pan au poil rude,
Je vous offre ces fruits que lautomne a dorés.Lorsque jai convoité la fraîcheur des fontaines,
Etendu sur la roche et las des longs chemins,
Vous mavez apporté leau des sources lointaines,
O nymphes ! dans le creux frissonnant de vos mains.Je nai plus redouté laridité des sables,
Bouclier dor où se double lairain du ciel,
Car jai bu longuement, dans vos mains pitoyables,
Leau claire qui me fut plus douce que le miel.
Moi, Hermès, jétais debout près du jardin
ouvert aux vents, au croisement de trois
chemins, près de la mer blanchissante,
offrant aux hommes fatigués une halte
dans leur route : et une source pure leur
verse une eau fraîche.Ici, dans le verger où se croisent les vents,
Près du sable blanchi par le sel et lécume,
Jaccorde le repos, loin des étés fervents,
Sur lherbe aux frissons doux que le cerfeuil parfume.Nul vent ne fait trembler les beaux pommiers fleuris,
La charmante langueur du mélilot sexhale,
Et, baignant laloès et le vert tamaris,
La fontaine jaillit, riante et virginale.Moi, lHermès dont les yeux suivent les flots détain,
Sur mon socle de pierre aux bords moussus, jécoute
Le chant de leau plus clair que le pipeau lointain,
Et les pâtres lassés font halte dans leur route.
Ce lieu est à Kupris, puisquil lui fut toujours
cher de voir du continent la mer brillante,
afin quelle puisse accorder une navigation
heureuse aux matelots ; et tout autour, la mer
tremble, voyant la radieuse statue.Sur les rocs ont erré les pieds nus de Kupris.
Elle aime à contempler, du haut de la falaise,
Les ondes déployant leurs violets diris
Dont limmortel ennui sexaspère et sapaise.
Sur les flots ont erré les pieds nus de Kupris.La vague a reconnu la voix de la Déesse
Qui jaillit autrefois du délicat embrun,
Blonde sous le jour blond que la tiédeur oppresse,
Et respirant liode ainsi quun frais parfum.
La vague a reconnu la voix de la Déesse.Son image a dompté le courroux de la mer.
Elle accorde la paix et le soleil aux voiles,
Et, souriant aux nefs de son visage clair,
Elle fait resplendir les nuits belles détoiles.
Son image a dompté le courroux de la mer.
appelant lâme chère de Philainis, qui
avant le mariage, marcha vers londe verte
du fleuve de lAchéron.La vierge Philainis traversa les Eaux vertes
De lAchéron, sans voir les flambeaux de lhymen,
Et les lys sont tombés dentre ses mains ouvertes.
Sur la stèle de deuil pleure le cyclamen.
Avant de voir brûler les flambeaux de lhymen,
La vierge Philainis traversa les Eaux vertes.Dans les prés où la lune efface le soleil,
La vierge Philainis tresse les asphodèles.
Perséphona, fermant les yeux noirs du sommeil,
Rouit le lin parmi ses compagnes fidèles,
Et parfois, en rêvant, cueille les asphodèles
Dans les prés où la lune efface le soleil.
A. - Pourquoi, ô Pan agreste, assis près de la
fontaine où vont les brebis, joues-tu de
ce chalumeau harmonieux ?
B. - Afin que sur ces monts couverts de rosée
les génisses paissent, broutant les épis à
la belle chevelure
ATu respires lodeur de lherbe et de la terre,
Et ta flûte sexhale en des frisons légers
Pan rustique, pourquoi demeurer solitaire,
Assis dans le bois sombre à lécart des bergers ?
B
Je taille les pipeaux où traîneront mes lèvres,
Moi, dieu de lhyacinthe et de lépi barbu
Et mes simples chansons attireront les chèvres
Vers lombre et la rosée où les Nymphes ont bu.
Sur un dauphin
Jamais plus réjoui des ondes propres à la
navigation, je ne lancerai mon cou, bondissant
du fond de leau, ni je ne soufflerai avec force
de mes belles lèvres le long des tolets du
navire, charmé de mon torse. Mais la fraîcheur
empourprée de la mer ma poussé sur la terre
ferme, et je gis sur ce rivage délicat.Le souffle de la mer, adouci par le soir,
Ne réjouira plus mes lèvres et mes joues,
Et je ne verrai plus, le long des belles proues,
Mon image, comme en le métal dun miroir.Je ne monterai plus des profondeurs marines,
Je ne mébrouerai plus au soleil du matin,
Je ne me plairai plus au sourire enfantin
De laurore, jouant avec ses cornalines.O passant, jai quitté le transparent émail
Des flots, où le vent pleure en détranges syllabes,
Où grouille obscurément la détresse de crabes,
A travers le soir gris que bleuit le corail.Car le bondissement des courants implacables
Ma jeté sur la rive aux longs varechs flottants.
voici la Mort au front paré dalgues, - jattends,
Hors dhaleine et couché sur le velours des sables.
Moiro
Offrandes à lAphroditeSois placée sous le portique dor de
lAphrodita, ô grappe, pleine de la sève de
Dionysos : ta mère, tayant fait naître sur
le sarment aimable, ne produira plus sur ta
tête sa feuille de nectar.O grappe, que lardeur des soirs ensanglanta
De chauds reflets, repose en ta pourpre moiré
Sous le portique dor de la Maison sacrée
Où, les yeux triomphants, règne lAphrodita.Tu bleuissais parmi les fauves chevelure
Des Bacchantes, ô grappe à lhaleine de miel,
Par les soirs opulents, où la terre et le ciel
Nétaient plus quun verger bourdonnant de murmures.La vigne, qui berçait ton odorant sommeil,
Ne te courbera plus sous létreinte des vrilles,
Et tu noffriras plus aux brunes jeunes filles
Ta coupe où débordait la sève du soleil.
Sur les Nymphes de lAnigros
Nymphes de lAnigros, vierges du fleuve,
qui, divines, foulez constamment ces
profondeurs de vos pieds de rose,
réjouissez-vous et soyez favorables à
Kléonumos, qui vous éleva sous les pins,
ô Déesses, ces belles statues de bois.Vierges de lAnigros, nymphes aux pieds de rose,
Vous, dont la forme ondoie au gré du flot changeant,
Et qui faites briller les écailles dargent
Des lumineux poissons, nymphes aux pieds de rose,Venez, vous qui riez à travers les roseaux !
Car, sous les pins taillés comme une vigne enclose,
Votre image sculptée a réjoui les eaux.
O nymphes qui riez à travers les roseaux !
Charixéna
Tu goûtas lamour sous lérable
Quun soir fana,
O très antique, ô vénérable
Charixéna.Ta flûte murmura ses peines,
Et résonna
Comme la brise dans les chênes,
Charixéna.Lombre, sur ton épaule nue
Qui frissonna,
Apportait la fièvre inconnue,
Charixéna.Ta bouche de Musicienne
Sabandonna
Dans lardeur dune nuit ancienne,
Charixéna.
Kléobulina
Quand, dun geste, le soir fait taire
La flûte et la syrinx,
Tu sais embrumer de mystère
Tes prunelles de lynx.
Tandis que la ténèbre englobe
Les plis fugitifs de ta robe,
Lénigme prompte se dérobe
Sur tes lèvres de sphinx.Lombre fait vaciller la flamme
De tes yeux dun bleu noir.
Ta voix où sattendrit ton âme,
Vague comme lespoir,
Et qui pactise avec la rude
Et pitoyable solitude,
Sait imiter lincertitude
De la mer et du soir.