"Cette poétesse, qui déconcerte souvent, a me semble-t-il, à la fois le culte de la clarté et l’amour de l’ombre ; elle adore aussi les nuances délicates et subtiles, et cela se voit dans les rythmes fluides et vaporeux de sa prosodie. À travers l’œuvre de Renée Vivien, on peut voir non seulement un poète maître de son art mais encore un poète sincère."
(L'Écho de Paris, 2 avril 1903, F. Hauser)

"La poétesse nous fait ses aveux : on l’avait condamnée aux laideurs masculines, étant femme, elle n’avait pas droit à la beauté, dit-elle à son amie ; mais elle osa concevoir qu’une vierge amoureuse est plus belle qu’un homme. Quelques unes des pièces de ce recueil nous disent qu’elle a souffert dans sa dignité de femme. Je voudrais citer en entier le poème Le Pilori. …"
(Mercure de France, 16 août 1909, Jean de Gourmont)

"Alors que ses dons exceptionnels, sans doute très supérieurs à ceux des autres [parmi les femmes de lettres les plus célèbres de son époque], Colette exceptée, auraient dû la placer au premier rang du groupe, elle ne fut jamais véritablement admise dans le monde littéraire parisien. Elle fut en effet celle par qui le scandale arrive.
Elle n’était pourtant pas la seule à aborder le sujet des amours lesbiennes. Mais elle seule eut l’audace d’en parler à la première personne, ce qui rendait le scandale inévitable, scandale d’autant plus éclatant qu’elle avait du talent… Ainsi, l’œuvre de Vivien peut être considérée comme le symbole d’une injustice d’autant plus frappante qu’elle porte sur un domaine intellectuel (la poésie) qui devrait être à l’écart de ce genre de débat."

(Introduction de Jean Leproux, Lettres de Renée Vivien à Kérimé. HB éd., 1998)


Les papiers ci-dessous expriment fort bien le malaise dont étaient victimes les critiques littéraires face à Renée Vivien. On les voit passer de l’éloge à l’aversion dès lors qu’il est question du lesbianisme de l’artiste, et non plus de son style.

"Renée Vivien est une artiste ; elle occupe ses jours, et ses nuits sans doute, à coucher avec quelques jeunes femmes de ses amies ; écrivant ses vers avec les émotions que ces personnes lui procurent, elle ose se montrer telle qu’elle est, sensuelle, saphique, ardente et gonflée de mille désirs. Voilà qui est bien."
(Psyché, juillet-août 1906, Louis Thomas)

"Une grande mélancolie m’envahit en songeant qu’une femme dont le sens poétique est indiscutable et dont le talent se serait magnifiquement affirmé, ait consenti à patauger dans une littérature dont seuls peuvent se réjouir les hystériques et les névrosés !"
(La Brise, 1904, F. Vialle)

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