Articles

 

Articles de 1902 à 1926 :

Revue Histoires littéraires : l'humour et l'ironie de Renée Vivien au quotidien

Le poète R. Vivien…

L'Echo de Paris : article clairvoyant de Fernand Hauser

Fernand Vialle, je cite: "genre dépravé…"

Mercure de France : À l’heure des mains jointes

Pierre Borel : un des critique qui tenait une correspondance avec Renée Vivien

 

Autour de la mort de Renée Vivien :

Témoignage de Pierre Loüys, ami de la poète

Annonce du décès de Vivien dans la presse

 

Articles plus récents :

La Dixième Muse, 2003

Introduction de La Venus des Aveugles, 1992

 

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Revue Histoires littéraires
octobre 1903
n° 5, 2001
de Jean-Marc Boscher

Renée Vivien au quotidien

On se tromperait fort si l’on ne voyait dans Renée Vivien que la sombre prêtresse des amours saphiques : « Je n’ai jamais vu Renée Vivien triste », notait Colette. Et, dans son œuvre même, surtout en prose, on trouve ça et là un humour qui, pour sembler imprévu, n’est pas moins assez caractéristique de sa personnalité. Et que dire de sa correspondance à Charles-Brun (plus de cinq cents lettres, encore inédites), qui atteste un esprit ironique et presque facétieux ? La lettre que nous donnons ci-dessous (communiquée par W. Théry) est adressée au critique Jean Ernest-Charles, qui avait publié un article élogieux sur Vivien dans la Revue bleue du 3 octobre 1903. Par la suite, Ernest-Charles devint, tout comme sa femme Louise Faure-Favier, un intime de Vivien, qui les invitait à ses soirées de l’avenue du Bois.
Cette dernière collabora aussi du Censeur, revue d’Ernest-Charles.
Cependant, elle entendait rester entre amis et, dans une autre lettre, avertissait son fougueux admirateur : « Ne me présentez pas d’hommes politiques, je vous en prie : je ne saurais pas leur parler. Et je ferais des gaffes énormes… »

Octobre 1903
Monsieur,
Je ne sais si, comme moi, vous aurez reçu une éducation protestante et biblique, mais vous avez dû patiemment et perfidement méditer ce verset :
« … En agissant ainsi, ce sont des charbons ardents que tu amasseras sur ta tête… »
Votre article, trop aimable et trop flatteur pour mes volumes, réveille en moi un ancien remords, que je croyais définitivement assoupi. Si vous n’avez point l’âme implacable d’un clergyman, éreintez mes prochains volumes. Vous me délivrerez ainsi de ce remords gênant. Immolez la future « Vénus des Aveugles » sur le bûchez où vous avez déjà égorgé « les Paons ».
Vos paroles m’arrivent atténuées par le brouillard de Londres, où j’irai, au printemps, planter des choux, puisque Londres est le seul coin de paisible verdure que le télégraphe et le chemin de fer aient épargné pour la joie des solitaires.
Vous m’avez porté malheur, Monsieur. Depuis que vous m’avez ironiquement qualifiée de jeune génie, ma main droite s’est asséchée, et je ne puis plus écrire. Je succombe sous le poids de l’éloge. Vous vous êtes cruellement vengé.
Et pourtant, je suis bien excusable. On m’avait dit que vous étiez un conférencier mondain. J’ai évoqué l’image de Georges Vanor (ah ! la Bodinière ! ah ! ma chère !) et, vous comprenez :

« J’ai fui, comme devant un reptile couché. »

Je suis, d’ailleurs une solitaire aussi farouche qu’anglo-saxonne, aussi anglo-saxonne que farouche.
Agréez, Monsieur, mes meilleurs, sentiments de confraternité littéraire.

Renée Vivien

 

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Le poète R. Vivien...

R. VIVIEN : Cendres et Poussières (A. Lemerre,1902, in 18 de 120p., 3fr.50).-

Il y a longtemps déjà que l’heure a sonné du krach de la passion. Notre époque nerveuse, intelligente et si dogmatique est trop soucieuse d’orgueils nouveaux, d’extrême simplicité ou de rêves humanitaires, pour s’attacher aux joies et aux douleurs d’une intime et concentrée luxure. Même en amour, elle veut que chacun de ses gestes se répercute sur l’avenir ; elle est préoccupée que chacune de ses paroles soit lourde d’une signification ; elle met un enseignement dans chacun de ses cris.

R. Vivien sera peut-être le seul Poète, parmi toute la jeunesse présente, qui se sera complu aux belles frénésies et aux langues endolories d’un amour sans symboles. Car voici que Cendres et Poussières est un recueil de poèmes d’une note et d’une forme presque nouvelle à force d’être lointaines, puisque, étant parnassiens, ils ont aussi, exclusivement,

"Pleins de baisers plus doux que le miel d’hyacinthes"

Une âme artiste, remplie de tristesse et d’exaltation, s’y réalise toute, sans arrière-pensée, dans un sanglot de plaisir ou dans la génuflexion qui l’abat humblement aux pieds de la bien-aimée. On sent que c’est de cette splendide sincérité que palpite toute son existence. La pourpre passion y jette continuellement son reflet, et chaque chose s’en revêt fatalement. Il n’y a pas, pour cette âme, d’heures platoniques. Pour elle, la vie, dans toutes ses manifestations, a pris la forme d’une femme. C’est ainsi que l’automne devient cette bacchante exaspérée

"D’avoir bu l’amertume et la haine de vivre
Dans le flot triomphal des vignes de l’été"

et que la mer est une « sirène aux cheveux rouges comme le soir ». Et si, après que l’insatiable désir a laissé sur le cou blême de l’amante « la marque verte et sinistre des doigts », une velléité momentanée emporte le poète vers la mer, si tout son être se révolte dans une clameur : -

" Loin des langueurs du lit, de l’ombre et de l’alcôve
J’aspirerai le sel du vent et l’âcreté
Des algues et j’irai vers la profondeur fauve,
Pâle de solitude, ivre de chasteté ! "

-c’est que chasteté ne naît que de la suprême tentation, et que, mieux que personne, les ascètes des déserts ont dû sentir vivre en eux le reptile inexpugnable dont parle Sapho.
C’est pourquoi, aussi, le goût de la mort demeure dans cette âme, quoique si payenne, si fraternellement unie au rêve grec, et donne à tous ses chants ce ton pathétique et sombre qui, involontairement, profondément, nous fait songer au sortilège de certaines contraltos.

Michel ARNAULD

 

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Echo de Paris, 02 avril 1903

Article : Figurines

Renée Vivien

Savamment à l’écart des cénacles littéraires et des fabriques de réputation, elle enveloppe sa vie discrète, en un mystère impénétrable.
Hier inconnue, aujourd’hui notoire, elle a publié cinq volumes en deux années, -les deux derniers sont nés hier, Évocation, et une traduction des œuvres de Sapho.
D’excellents critiques, comme Charles Brun et Ernest Charles, ont salué la venue de ce poète au talent frais et souple, qui, par un étrange et savoureux mélange, allié à un modernise aigu une merveilleuse science de l’antique.
Les poèmes de Renée Vivien, à la métrique parnasienne, à la forme classique, sont ciselés comme des médaille : on admire la sûreté de leur contour, et l’on s’étonne de la pureté du trait, qui évoque avec bonheur telles petites pièces de l’anthologie grecques.
Cette poétesse, qui déconcerte souvent, a, me semble-t-il, à la fois la clarté et l’amour de l’ombre ; elle adore aussi les nuances délicates et subtiles, et cela se voit dans les rythmes fluides et vaporeux de sa prosodie. Mélancolie exaspérée, joie farouche, enivrement, lassitude, variété de la passion humaine, idéaliste éperdu, qui sanglote dans un effort vers la conquête de l’impossible, et la possible et la possession de l’immatériel, et jusqu’à la vision désespérément attirante de la mort, tout est réuni, en l’œuvre de Renée Vivien, pour dire la tristesse d’une âme peu commune, et qui se crée peut-être des motifs raffinés de souffrir.
Or, cela, n’est-ce pas la poésie même ? Ces contradictions apparentes ne sont-elles pas expressives, au plus haut point, de la sensibilité contemporaine, si agitée, et si frémissante ?
Ces états d’âme, si divers, ne nous révèlent-ils pas, à travers l’œuvre de Renée Vivien, non seulement un poète maître de son art, mais encore un poète sincère ?

Fernand Hauser

 

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Revue La Brise, mai 1904

Une femme m’apparut, roman de RENÉE VIVIEN (Lemerre, éditeur). _
Quelques-unes des précédentes œuvres de Mme Renée Vivien, Brumes de Fjords, par exemple, avaient attiré l’attention des lettrés, et notre collaborateur Henry Surchamp avait loué sans restriction ce volume plein de promesses.

Aujourd’hui Mme Renée Vivien, satisfaite des premières moissons de lauriers et voulant en récolter d’autres, accumule volumes sur volumes avec une fécondité qui réjouirait M. Piot, si elle s’exerçait d’une autre façon. Eh ! mon Dieu, cela vaudrait beaucoup mieux, car réellement La Vénus des Aveugles et Une Femme m’apparut, pour ne citer que les derniers nés, indiquent une orientation vers un genre dépravé et d’une psychologie maladive.

Et je ne parlerai pas du nouveau livre, n’ayant pas eu le courage d’aller jusqu’au bout ; mais une grande mélancolie m’envahit en songeant qu’une femme dont le sens poétique est indiscutable et dont le talent se serait magnifiquement affirmé, ait consenti à patauger dans une littérature dont seuls peuvent se réjouir les hystériques et les névrosés !

Fernand VIALLE

 

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Ernest-Charles, Pierre Quillard, Charles Maurras furent les critiques influents à saluer Renée Vivien.

Revue Mercure de France, 15 janvier 1907
Revue de la Quinzaine

À l’heure des mains jointes

Les dernières strophes retrouvées de Sapho contiennent d’âpres invectives à une amante infidèle qui a trahi l’amour d’un homme son impérieuse maîtresse ; si des fragments comme :

" Je t’aimais, Atthis, autrefoi s"

avaient laissé quelque doute aux critiques vertueux sur la nature du sentiment qui animait la grande Lesbienne à l’égard d’Eranna ou Dika, les vers nouvellement exhumés les détromperaient aussitôt.
Mme Renée Vivien entend qu’on ne se méprenne pas : jamais elle n’a célé qu’elle voulût être de la lignée mytilénienne et elle pleure « comme on pleure une morte » la fille de la mer qui se livra aux caresses viriles :

" Tes caresses et tes attitudes meurtries,
Ont enchanté le rêve épais et le loisir
De celui qui t’apprit le stupide plaisir,
O toi qui fus hier la sœur des Valkyries.

L’époux montre aujourd’hui tes yeux si méprisants
Jadis, tes mains, ton col indifférent de cygne,
Comme on montre ses blés, son jardin et sa vigne
Aux admirations des amis complaisants.

Garde ce piètre amour qui ne sait décevoir
Ton esprit autrefois possédé par les rêves…
Mains ne reprends jamais l’âpre chemin des grèves
Où les algues ont des rythmes lents d’encensoir.

N’écoute plus la voix de la mer entendue
Comme en songe à travers le soir aux voiles d’or…
Car le soir et la mer te parleraient encor
De ta virginité glorieuse et perdue. "

Par delà les jours et la mort, elle espère troubler encore les belles jeunes femmes ; son long sanglot d’amour harmonieusement rythmé fera tressaillir leur chair :

" Pâles et respirant votre chair embaumée
Dans l’évocation magique de la nuit
Direz-vous : « Celle femme est l’ardeur qui me fuit…
Que n’est-elle vivante ! Elle m’aurait aimée… "

Jamais éphèbe victorieux ne poussa un tel cri d’orgueil et de défi au temps et se sachant haïe et insultée des pharisiens, la poétesse du moins se peut rendre à elle-même le témoignage de n’avoir point défailli sous le poids de la réprobation publique et d’avoir fait face au mépris et à l’injure, sans rien abdiquer de sa volonté libre.

Pierre QUILLARD

 

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Note pour l'article suivant :

Pierre Borel évoque ci-dessous les quelques lettres échangées avec Renée Vivien.
Nous pourrons voir que Renée Vivien ne manquait pas d’humour et de répartie face à ses critiques. Elle n’hésitait d’ailleurs pas à répondre avec courtoisie, à corriger les erreurs dites à son propos et à les remercier lorsqu’ils ne la jugeaient pas pour ses poèmes saphiques.

Cristie Cyane

 

Journal Les Nouvelles Littéraires, 02 janvier 1926

Documents nouveaux sur… Renée Vivien

Durant l’été 1906, à l’époque où Renée Vivien était encore pour beaucoup, inconnue, je consacrait à la poétesse de La Vénus des Aveugles un article dans le journal de Savoie.

Quelques jours après je reçus sur papier fleuri à gauche d’une violette qu’affectionnait Renée Vivien le mot suivant :

« Votre article vraiment trop aimable m’a profondément touchée. Mes volumes ne méritaient vraiment pas vos éloges. Je suis cependant très heureuse d’avoir été aussi intelligemment comprise. Jusqu’ici peu d’articles m’avaient fait autant de plaisir.
Il y a surtout une phrase ambiguë et qui me donne un doute sur la personnalité du signataire de cet article qui m’enchante et me laisse un trouble…
Permettez-moi toutefois de relever quelques légères inexactitudes qui se sont glissées dans vos lignes charmantes.
Je ne suis pas : Madame, mais Mademoiselle.
Je ne suis plus jeune : j’ai vingt-sept ans.
J’ai le regret d’avoir publié dix volumes au lieu de cinq en l’espace de quatre ans.
C’est trop, c’est beaucoup trop.
Je partage sur ce point l’avis de tous mes critiques.
Je ne demeure point « claustrée » dans une maison « près du Luxembourg ».
Je ne possède point un buste de Baudelaire dont je n’aime point « les femmes damnées ».
Veuillez agréer, avec mes remerciements renouvelés pour votre intelligent et si fin article mes meilleurs sentiments de confraternité littéraire. »

Suivait la signature fine, élégante et comme caresseuse, tracée à l’encre violette : Renée Vivien.

J’eus occasion à quelque temps de là voulant me renseigner plus exactement sur l’œuvre de la poétesse de … un livre sur elle.
Toujours à Paris, 3, rue Jean-Baptiste Dumas, je reçus ce mot :
« Je vous envoie avec le plus grand plaisir le livre que vous me demandez. J’aime qu’on me lise.
Mais pour la photographie, non. Je n’envoie jamais mon portrait à qui que ce soit. C’est une règle qui ne souffre pas d’exception. »

Vers ces temps-là Renée Vivien quitta Paris pour se rendre à Mytilène, l’île de Sapho. De là, elle m’écrivit :
« Votre lettre vient de me parvenir à Mytilène où je me reposais parmi les chers souvenirs et des paysages que j’aime plus que tout au monde.
N’ayant pas avec moi les livres que je vous avais promis je prie mon éditeur, M. Lemerre, de vous les faire parvenir ; de la sorte vous possèderez toute mon œuvre… »

L’île de Sapho, j’ai su plus tard par un de ces administrateurs, M. Sansot, combien Renée Vivien l’aimait et combien elle oubliait là, tout de la vie.
« Il arrivait, m’a raconté M. Sansot, que Renée Vivien se plaisait parfois à descendre vers la mer, au creux des rochers escarpés qui la surplombent, pour y évoquer sans doute, dans un cadre plus sévère, le grande ombre évanouie, dans les jours de désespoir où sa lyre à jamais se brisa. Or, un soir, il advint qu’étant partie avant la fin du jour, soudain un grand vent se leva et la tempête, en un instant, se trouva déchaînée. Dans la petite maison blanche on ne fut pas longtemps à s’apercevoir de l’absence de l’hôtesse. Et l’on s’en rendit comte en même temps du danger qu’elle pouvait courir à se trouver dehors, avec ses fragiles vêtements dans le vent en furie, dans la pluie cinglante, dans le fracas du tonnerre et les éblouissements enflammés des éclairs…
La petite servante Marie, qui savait les imprudences dont sa maîtresse était coutumière, devint aussitôt affolée, à la pensée que, dans sa gracilité, elle avait pu être saisie, enlevée comme un fétu de paille et meurtrie, tuée peut-être, par un choc trop violent ! Des gens du voisinage furent requis pour se mettre à la recherche de la disparue, et ce n’est qu’après de longs efforts qu’on la retrouva enfin, toute mouillée, meurtrie aussi, mais tranquille et souriante dans le creux d’un rocher, couverte d’algues ruisselantes. »
Il est probable que cette aventure ne fut pas étrangère à la maladie dont devait mourir quelques années plus tard, Renée Vivien.

En 1908 Renée Vivien se rend en Angleterre. De là, à la suite d’un nouvel article que je publiais sur elle je reçus de la poétesse la lettre suivante :
« Vous m’avez consacré une page adorable ! Merci !
Et vous évoquez un beau décor – ce qui est appréciable lorsqu’on se morfond dans une laide ville anglaise.
Votre poète (s’il n’est point un fantôme créé par vous) devrait m’envoyer cette photographie « d’une femme très belle, une blonde aux yeux pers comme deux flammes » qu’il avait glissée entre les pages de mon livre…
J’admire intensément les blondes : quoique je préfère les rousses. Celles-ci sont plus féminines, plus perfides et plus passionnées.
Recevez avec mes remerciements renouvelés – et très sincères je vous l’affirme – mes meilleurs sentiments de confraternité littéraire. »

Là s’arrêtent les courts rapports épistolaires que j’eus avec Renée Vivien. Chose amusante elle ne sut jamais – et c’est ce qui paraissait l’intriguer beaucoup – si son mystérieux correspondant était un homme ou une femme …
En novembre 1909 Renée Vivien retourna dans son appartement de la rue Jean-Baptiste Dumas.
Et c’est dans ce logis mystérieux qu’elle écrivit ses derniers vers parmi lesquels ceux-ci :
« Je n’attends plus le luth ni la musicienne
Ni le jour glorieux… Ah ! que la fin survienne…
Renée Vivien, on le sait, morte à trente ans, repose au cimetière de Passy, non loin de Marie Bashkirtseff.

Pierre Borel

 

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Pierre Louÿs, qui avait bien connu Renée Vivien, tente dans l’article ci-dessous, de faire la lumière sur les nombreuses hypothèses évoquées autour de la mort de Renée Vivien .
En effet, si l’existence de Renée Vivien fut souvent désignée de mystérieuse, sa mort n’en fut pas moins obscure. On a souvent imaginé les dernières paroles de la poète (voir page 428 de la biographie écrite par Jean-Paul Goujon).
Le 18 novembre 1909, à six heures quarante-cinq du matin, Vivien s’éteignit. L’enterrement de Renée Vivien eut lieu à l’église Saint-Honoré, place Victor Hugo.
Pour la presse, elle était morte d’une congestion pulmonaire. Ses amis qui l’avaient vu sombrer dans l’alcoolisme et l’anorexie, restèrent perplexes.
Dans le texte ci-dessous, Pierre Louÿs, signant sous le pseudonyme de « un Passant », écarte l’hypothèse de la congestion pulmonaire comme celle de la tuberculose.

Cristie Cyane

 

Intermédiaires des chercheurs curieux

N° 1276. Vol. LXII - 30 septembre 1910

Renée Vivien (LX ; LXII, 469, 527)

On a donné ici même, sur la mort de Renée Vivien, des renseignements inexacts. Voici les véritables. Je les tiens de source absolument certaine. Ils ne seront pas démentis.
Jamais Renée Vivien n’a eu le moindre symptôme de phtisie. Elle a quitté la vie par une de ces « morts bizarres » que Jean Richepin contait jadis. Elle est morte pour avoir avalé de travers. Voici comment.
Depuis de longs mois, elle souffrait d’une maladie générale qui l’obligeait à un régime strict, et qui se manifestait en particulier par des accidents paralytiformes assez graves. Ses jambes la soutenaient à peine.
Un jour, elle commit, pour se délivrer d’un chagrin, une imprudence de régime qui devait lui être indirectement fatale.
Disons qu’il s’agissait d’une demi-bouteille de liqueur très forte… Le soir, elle se mit à table. En quelques heures, la paralysie avait fait des progrès effrayants, et gagné la glotte. La première bouchée d’aliments qu’elle absorba fut avalée par la trachée, et détermina une pneumonie accidentelle dont le dénouement survint trois jours après. Telle est l’exacte vérité.
Renée Vivien est enterrée au cimetière de Passy, dans un caveau de famille qui porte un seul nom, celui de son père : John Tarn.
C’était une poétesse de tout premier ordre.

UN PASSANT

 

 

Intermédiaires des chercheurs curieux

30 septembre 1910

Renée Vivien (LX, 784, 873). – La Revue (Ancienne Revue des Revues) a publié entre mars et mai 1910 – si ma mémoire me sert bien – une étude sur Renée Vivien, morte vers la trentaine, comme Maurice de Guérin, Emmanuel Signoret, Olivier Calemard de la Fayette, et tant d’autres. À tous ceux-là, un « Dieu juste » accorda.
« Plutôt qu’un médiocre honneur,…
… de mourir jeune encore et l’âme ivre
de volupté, d’orgueil puissant,… »
D’autre part, j’ai relevé dans une jeune revue les Argonautes (n° I janvier-février-mars 1910) deux poèmes inédits de cette poétesse, extraits d’un volume en préparation chez Sansot.

Albert DESVOYES

 

 

Intermédiaires des chercheurs curieux

N° 1270. Vol LXII

Renée Vivien (LX ; LXII, 469)

Renée Vivien communiqua ses premiers vers à Mme Marcelle Tinayre ; plus tard, retouchés, arrivés à leur forme dernière, elle les publia sous le pseudonyme masculin de René Vivien. Puis, le prénom se féminisa… les années passèrent, et un soir d’hiver, en 1908, elle disait à l’auteur de la Maison du Péché, et qui j’emprunterai la citation qui suivra, quelques lignes plus bas :
- Quand je suis très triste, si seule, si malade, je pense que j’aimerais à mourir catholique. C’est la seule religion où il y ait de la poésie et de la beauté…
- Et souriante :
- Mais aucun prêtre ne me permettrait de garder mes idoles bouddhiques et de leur offrir tous les jours des pommes et du riz…
Puisqu’il y a eu, de temps immémorial, des arrangements avec le ciel, il doit en exister aussi avec les minuscules statuettes orientales, car, ces statuettes, elle les laissa vraisemblablement dans sa demeure, jusqu’aux approches de la mort et pourtant :
Elle fit venir un prêtre qui lui parla avec délicatesse et douceur. Un peu plus tard, elle se remit à un moine dominicain qui ne cessa de l’assister jusqu’à sa dernière heure… Elle mourut, apaisée, purifiée, dans une extase d’amour et d’espérance. Jamais, me dit la vieille amie de son enfance, très pieuse catholique, qui l’assista au jour suprême – jamais elle ne pensa qu’un lieu de souffrance pût exister, enfer ou purgatoire… Elle ne douta pas une seconde que Dieu ne la reçût dans la paix. Et elle dit, en mourant, qu’elle était heureuse, elle qui n’avait jamais prononcé ce mot… »
Je puise ces renseignements dans le troisième numéro de Schéhérazade « album mensuel d’œuvres d’art et de littérature » dirigé par plusieurs jeunes poètes, Jean Cocteau, notamment ; l’article est intitulé : Trois images de Renée Vivien, par Mme Marcelle Tinayre.
Trois volumes de Renée Vivien, nouveaux, je pense viennent de paraître chez Sansot : Dans un coin de violette, Haillons, Le Vent des Vaisseaux.
Vraiment, on taille du marbre chaque année pour des écrivains moins intéressants.

Albert DESVOYES

 

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Les articles ci-dessous ont été ajoutés le 20 décembre 2003

 

Rrevue La Dixième Muse, 2003

Renée Vivien : le désir d'absolu

Tout comme Sappho, le nom de Renée Vivien évoque pour beaucoup de gens qu'une légende sulfureuse, celle de la "Sappho 1900" ou de la "Muse aux violettes".
Pourtant, Renée Vivien est avant tout un destin et surtout l'une des plus grandes poétesses du XXème siècle.

Celle qui souhaitait que l'art se suffise à lui-même et s'emportait contre toutes considérations biographiques ne peut, cependant être totalement comprise si l'on ne sait rien de sa vie. Bien sûr, on peut lire ses poèmes sans rien connaître d'elle mais Vivien écrivait pour vivre et vivait pour écrire. Vie et écriture sont intimement liées au point de dire qu'elle a probablement fantasmée sa vie en l'écrivant plus qu'en ne la vivant réellement.

De son vrai nom Mary Pauline Tarn, Renée Vivien est née en 1877 à Londres d'un père anglais, d'une mère américaine et morte à Paris le 18 novembre 1909 à l’âge de 32 ans dans une grande déchéance physique, emportée par une pneumonie. Pauline Tarn va connaître une enfance ballottée entre la France et l'Angleterre.

Orpheline très jeune, la mort de son père en 1886 représentera un tournant dans la vie de la jeune Pauline qui se retrouvera sous la tutelle d'une mère plus préoccupée par sa vie sentimentale que par son amour pour sa fille et c’est un doux « euphémisme ».
En effet, Mme Tarn n’hésitera pas à détourner une partie de la rente destinée à Pauline pour vivre pleinement avec ses amants et tentera même de la faire passer pour folle pour s’en débarrasser.

C'est à partir de cette époque que Pauline vouera une haine farouche à sa mère, à l'Angleterre et aux hommes qui lui volaient l'amour maternel. Devenue pupille de la nation pour échapper aux mauvais traitements infligés par cette mère indigne, elle s’installa à Paris à sa majorité où elle vécut de la rente laissée par son père.
De cette enfance difficile, il lui restera cependant le souvenir heureux des années de pensionnat où elle recevra une éducation française, se découvrira une véritable passion pour la musique, la poésie et la littérature. Demeurera aussi une amitié passionnelle mais chaste avec Violette Shilitto qui mourra à vingt ans, décès dont Vivien ne se remettra jamais et qui sera probablement à l’origine de son anorexie naissante. C’est cette même Violette qui, sans s’en douter, va peser grandement sur le destin amoureux de Vivien en lui présentant un soir de septembre1899 celle qui deviendra son « initiatrice », Natalie Clifford Barney mais qui sera aussi la cause d’une immense déception amoureuse.

Contrairement, à Natalie Barney, qui était une grande séductrice et éprouvait un besoin sans cesse renouvelé de « papillonner », Vivien était la femme d’un seul amour, d’un amour absolu à la limite de l’impossible. Les deux femmes vont donc connaître une relation orageuse faite de ruptures, de retrouvailles sans lendemain qui jalonneront la vie de Vivien mais qui causeront aussi un profond désordre psychologique. Renée, cependant, trouvera un pôle de stabilité sentimentale en rencontrant la Baronne Hélène de Zuylen qui se montrera très « protectrice » mais qui finira par se lasser des infidélités de sa compagne avec Barney.

Au milieu de ces amours tumultueuses, Vivien va également connaître une passion amoureuse mais surtout épistolaire avec une jeune femme turque, Kérimé Turkhan Pacha qui symbolisait l’Orient enchanteur et mystérieux qui avait fasciné bon nombre de poètes du Dix-neuvième siècle. Elle n’hésitera pas, au cours de ses multiples voyages, à aller à Constantinople pour rencontrer sa « princesse orientale ». Mais cet amour lointain se traduira plus dans le rêve de l’amour poétisé qui correspondait si bien à l’intellect de Vivien. Cette relation va lui permettre d’entretenir une correspondance épistolaire qui est, indéniablement, une partie intégrante de l’oeuvre viviennienne. Bien que répétitives ces lettres nous permettent de mieux comprendre le cheminement psychologique de l’auteur qui crée son histoire, l’écrit, la nourrit, la rêve ce qui fera dire à son ami Charles-Brun que « le rêve lui paraissait infiniment plus réel que la réalité, ou plutôt seul réel ». Ces lettres enflammées ne sont toutefois pas dépourvues de très beaux cris d’amour auxquels il est impossible de rester insensible :

« Les feuillages sur ton balcon abritent notre joie tremblante.. j’entends tes faibles et doux soupirs... Et c’est autour de nous le silence cher à l’amour. Tes yeux semblent plus vastes et plus profonds encore, au fond de cette ombre. Et tu me murmures, infiniment suave : je t’aime... Moi je t’emporte dans les étoiles, la nuit est à nous.... ». Cette relation ne serait probablement qu’anecdotique si elle n’avait pas donné lieu à une aussi vaste correspondance. En fait, la vraie vie et l’oeuvre de Vivien ont résidé avant tout dans son combat contre une société androcentrique et dans le désir d’un amour impossible. Rejet de l’homme « cet être repoussant », rejet du mariage, refus de la maternité, rejet du monde qui l’entoure et surtout affirmation de son homosexualité à une époque où il était quasiment impossible de le faire, Vivien ose prendre la parole.

Une femme devient enfin non « objet » littéraire mais sujet pensant et sujet actant ce qui dans la société de la Belle Epoque représentait un suicide annoncé. Si ces premiers recueils de poésie furent très bien accueillis et lui apportèrent la reconnaissance de ses paires, les choses se gâtèrent dès 1903 lors de la parution de « La Vénus des Aveugles » qui lui vaudra l’incompréhension des critiques et le début d’une longue et lente descente aux enfers. Ce recueil emprunt de fantasmes, d’onirisme, de romantisme noir n’est pas sans rappeler les Décadents. Images macabres où se côtoient des noyés, des succubes, des démons, La Vénus des Aveugles est sans aucun doute un hymne à la mort qui fera dire aux critiques choqués que Vivien est une hystérique et une névrosée. Pour couronner le tout c’est à la même époque qu’elle fera paraître L’Etre Double, oeuvre qui peut être considéré comme un manifeste de la pensée de Vivien puisqu’on y retrouve la critique véhémente de la maternité, l’apologie du bouddhisme, le rejet de la société.

Paraît également à la même époque ce qui sera LE roman de Vivien « Une femme m’apparut », véritable révolte contre l’ordre social.
C’est à partir de cette date qu’elle va rompre tout contact avec les critiques littéraires qui seront plus prompts à condamner son saphisme de façon grossière et humiliante plutôt qu’à faire état de ses parutions. D’un talent unanimement reconnu, Vivien se retrouve vouée aux gémonies de la critique et un réel malaise s’installe face à cette femme qui n’hésite pas à écrire à la première personne. Le lesbianisme de Vivien va déchaîner la haine et ce n’est plus l’art poétique qui sera jugé mais sa vie privée.

Déprimée par l’incompréhension, la hargne ambiante et des amours plutôt cahotiques, Vivien sombre petit à petit dans l’anorexie et dans l’alcoolisme. Il ne faut pas y voir une faiblesse de caractère mais plutôt une façon de se révolter ! L’anorexie de Vivien est un rejet du corps, un rejet d’être vue comme une femme de désir se soumettant au besoin de son corps et par-delà même se soumettant à l’ordre patriarcal. Le rejet de ce corps de femme c’est aussi le rejet de la possibilité d’enfantement, c’est en ce sens que l’anorexie devient révolte mais aussi danger pour l’ordre établi. Mais il ne faut pas non plus négliger l’aspect mystique de ce rejet. Vivien veut se départir de son corps au profit de son âme, au profit d’un mysticisme forcené en rivalité permanente avec le désir charnel.

En effet, il est frappant de voir à quel point elle tentera, par les expressions employées tout au long de son oeuvre, de conjuguer mysticisme et lesbianisme. Cette aspiration à la fusion charnelle, à la communion sensuelle mais pure ( n’est-ce pas antagoniste ?) la mènera sans cesse à la désillusion amoureuse et à l’incapacité d’être heureuse. « Il n’y a pas d’amour heureux » a chanté Aragon.
Vivien aurait pu faire sienne cette devise. Même si l’oeuvre contient de réel moment de sérénité, de tendresse, l’amour est partout source d’incommunicabilité, d’absence de plaisir, d’aliénation physique. On s’aperçoit que finalement Vivien se trouve prise au piège de la réalité de son époque. Elle a intériorisé sans le vouloir les schémas de l’hétérosexualité et les rapports féminins sont inscrits sous le signe dominantes/dominées donnant lieu parfois à des scènes de violence qui créent un réel malaise.

Enfermée inconsciemment dans l’idéologie patriarcale qu’elle haïssait, rejetée à cause d’un radicalisme total, assoiffée de beau et d’absolu, Vivien était habitée par un réel génie poétique malheureusement voué à l’échec dans le contexte de l’époque. De plus, elle eut le malheur d’arriver dans une période charnière de la littérature, où de nouveaux mouvements étaient en train de naître et de prendre de l’essor ce qui la précipita plus rapidement dans un oubli injuste. Mais n’est-ce pas Voltaire qui disait : « Il est assuré de survivre : on le lit peu » ? Alors sans aucun doute la postérité de Vivien est assurée.

Pour en savoir plus :
- Virginie Sanders, Vertigineusement, j’allais vers les étoiles..., éditions Rodopi, 1991
- Jean-Paul Goujon, Tes blessures sont plus douces que leurs caresses, R Deforges, 1986
- Allez sur le superbe site de Cristie Cyane www.vivien1900.com
- Eventuellement me contacter patricia.carriou@wanadoo.fr (actuellement je fais une thèse sur Vivien).

Patricia Carriou


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Introduction du recueil "La Vénus des Aveugles" de Renée VIVIEN
édition La Bartavelle
écrite par Luc Decaunes :

La Vénus des Aveugles n’est certainement pas, malgré son étrangeté le titre le plus fréquemment cité quand il est question de Renée Vivien ; ce recueil fut même, à sa parution, accueilli avec réserves par une critique visiblement désorientée.
C’est pourtant, selon moi, le plus original et le plus attachant de l’auteur, celui où, sans atteindre à la vraie maîtrise qu’elle n’eut pas le temps d’acquérir, dans l’impatient vertige de ses amours et de ses angoisses, ni surtout sans savoir porter un regard critique suffisant sur ses propres écrits, elle fait éclater en maintes fulgurances la violence expressive d’un érotisme conquérant, exigeant, parfois presque vindicatif.

Mais c’est d’abord et avant tout sur le plan formel que La Vénus des Aveugles se signale. Apparaissent ici des efforts portant sur la disposition des vers, l’entrelacement des rimes, la variété des rythmes. L’emploi de mètres impairs s’y remarque notamment.
Ces recherches formelles se manifestent aussi dans l’agencement des strophes. Renée Vivien procède volontiers par imitations au sens qu’à ce mot en musique ; certains vers sont repris avec de légères modifications, de subtils décalages, ou bien sont utilisés comme des thèmes musicaux. Visiblement, l’auteur ne craint plus d’encourir le reproche de monotonie, car c’est pure volonté esthétique.

On peut voir ici qu’elle a bien lu Baudelaire, mais surtout qu’elle a découvert l’art suprême de Charles Cros, merveilleux virtuose du vers à qui elle rendra un hommage posthume en finançant, avec la plus rare discrétion, une nouvelle édition du Coffret de Santal, la troisième en 1903.

Est-ce l’effet des passions exprimées, auxquelles Renée s’abandonne avec une ardeur de plus en plus possessive ? Ses images sont soulignées, accentuées, creusées comme des gravures à l’eau-forte ; leur relief a même quelque chose de provocant. Et son vocabulaire aussi est comme enhardi, fortifié de ses désirs impérieux. Les caresses, les étreintes, les sentiments eux-mêmes ont une sorte de violence fauve que le désespoir intime fouette, exaspère.

Et certes, l’univers tragique et pantelant des « femmes damnées » de Baudelaire est bien évidemment tout proche, avec son tourment de l’infini et ses violences inapaisées car, chez Renée Vivien, aussi, il n’y a nul apaisement, et l’extase, à peine retombée, est toujours suivie d’un rebond angoissé.

Mais plus secrètement proche encore est la chambre brûlante où se contemplent et se pâment les Amies de Verlaine, rappelons nous :
« Ta voix tonne dans les rafales,
Et ta chevelure sanglante
Fuit brusquement dans la nuit lente. »
Oui, l’être érotique de Renée Vivien semble bien sortir, tout vibrant et moite, autant de l’alcôve verlainienne que de la couche parfumée de l’antique Sapho. Et cette Vénus des Aveugles en est comme le triomphe.

Malheureusement, comme je le laissais entendre en commençant, le poète semble avoir été incapable d’opérer un tri dans ce qu’elle écrivait sous la pression de ses fièvres amoureuses ou de ses pressentiments funèbres. Ce recueil contient quelques textes dont la présence est vraiment désastreuse, propres à consterner le lecteur (celui les repérera sans peine , car ils tranchent sur une majorité de réussites). On croirait que l’auteur soudain cesse d’entendre ce qu’elle écrit. Ces erreurs d’oreille, ces fautes de goût, l’idéal eût été d’en opérer nous-mêmes l’ablation, de ne garder, de cette Vénus des Aveugles, que le meilleur, et quel livre, alors, quel recueil fascinant !… Mais notre entreprise étant de restituer un ouvrage tel qu’il parut pour la première fois, nous le devons donner dans la version originale.

Au lecteur, donc, de procéder lui-même à l’éloignement, à l’oubli, de ces quelques pages regrettables, et de rétablir en sa secrète unité cette tension intérieure, semblable, par quelque côté, à celle qui règne dans la musique de Varèse, dont la poésie de Renée Vivien se trouve habitée, dans ses meilleurs moments, et qui la sauve. Tension obscure, dramatique, fatale, qui est celle même de son être inassouvi.

Or, chez Renée Vivien, ce qui est beauté inoubliable, c’est le halètement secret du texte, un texte tout formé d’appels, de caresses, de gémissements, physiquement nommés. C’est pourquoi la poésie de Renée Vivien, fille de Lesbos, reste chère à tous ceux qui ont l’adoration du corps féminin et de ses voluptés infinies.

Montreuil, 2 février 1992
Luc Decaunes

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Chroniques - Revue Le Divan

___________ (Les Chroniques : revue Le Divan , Henri Martineau, 1910)

 

Paris Coulisses

____________ (Les Chroniques, Henri Martineau, 1910)

 

Nos Femmes de Lettres

___________ (Nos femmes de lettres, Paul Flat, 1909)

 

Minerva

___________ ( Revue Minerva : Le romantisme féminin, Charles Maurras, 1903)

 

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