Oeuvre poétique

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POEMES SIGNES HELENE DE ZUYLEN

Effeuillements

1904

 

Tours de Burgos
Le Voile du Silence
Jardin gré des Saisons
Pavot noir
Le Promontoire d’or
Palette automnale

 

 

 

Tours de Burgos

Se drapant, comme d’un linceul,
D’ombres et de douleurs fortes,
Plus graves qu’un portrait d’aïeul,
Les tours séculaires sont mortes.

Les ruelles et les calles
Fourmillent d’âpres épouvantes,
Et les maisons aux toits grêlés
Sont sépulcralement vivantes.

On y sent un confus effort
Dont l’incertitude dévie :
La fécondité dans la mort,
La pourriture dans la vie.

 

 

 

Le Voile du Silence

Tandis que le remous des bruns varechs s’endort,
Le silence a posé deux longs doigts sur ses lèvres.
La Dame de l’Automne et la Dame des Fièvres,
Les bras liés, ont pris le chemin de la mort.

Et voici, sous les étoiles qui se sont tues.
Les pasteurs d4ionie et des Iduménéens.
La baie a des repos méditerranéens,
Et les arbres ont des fixités de statues,

Le silence est vêtu d’une robe gris-bleu.
Ses yeux sont une nuit smaragdine et sereine…
C’est l’heure où les douleurs retiennent leur haleine,
N’osant plus sangloter leur déchirant aveu.

L’ombre, ayant répandu l’azur vert de ses urnes,
S’abandonne aux douceurs lasses du souvenir,
Et, parmi l’or des cieux que l soir vient ternir,
Le voile du silence a des plis taciturnes.

 

 

 

Jardin gré des Saisons

Au printemps, les Jardins livrent leur langueur moite
Tandis que l’aconit distille son poison,
L’arc-en-ciel de l’avril se brise à l’horizon
Comme un frêle bonheur que le Néant convoite…

En été, les Jardins luisent, tel un miroir
Juillet vide en riant sa corbeille de roses
Où sommeillent les ors des abeilles encloses,
Les opales de l’aube et les berges du soir…

Mélancoliquement attardé sur les mousses,
L’automne s’est vêtu de son rouge manteau…
Oranges des lointains ! Violets du coteau !
Sapins brûlés hérissant leurs aiguilles rousses !

Grappes au suc amer d’un soir désenchanté !
Lassitudes, en proie aux hantises cruelles,
Détournant loin des sphinx leurs errantes prunelles,
Et se réfugiant dans la simplicité !

Elles portent l’Ennui comme un lourd diadème,
Et leurs bouches sans joie ont méprisé le fard…
L’Automne aux doigts trempés de cinabre et de nard
Agonise sous les funèbres chrysanthèmes…

L’Hiver, dont les savants et logiques dessins
Ont la complexité rigoureuse des lemmes
Enchevêtre un lacis vivifié de gemmes,
Perles du Gui, corail du houx, bloc des fusains.

Les nuages ont le prisme aigu des banquises,
Promontoires flottants sur l’azur d’un détroit,
Et, dans les clairs jardins où miroite le Froid,
Le regret des senteurs monte des roses grises.

 

 

 

Pavot noir

Fleur des mauvais jardins aux vénéneux sommeil,
Les servantes de l’Ombre et les Magiciennes,
Dont les nocturnes yeux redoutent le soleil,
Respirent âprement tes langueurs léthéennes.

Fleur des mauvais jardins au vénéneux sommeil.

Tu te fanes parmi les âcres chevelures,
Et tu connais le rêve ardent des fronts maudits
Que jamais n’effleura, dans un bruit de ramures,
Le souffle des matins et des simples midis :

Tu te fanes parmi les âcres chevelures.

Tu t’effeuilles auprès des femmes sans désir
Dont les prunelles sont froidement endormies,
Dont le cœur ennuyé dédaigne de choisir,
Et dont l’âme est pareille à l’âme des momies :

Tu t’effeuilles auprès des femmes sans désir.

Ennui de l’aconit et de la belladone
Dans le soir où la voix des vieilles trahisons
Fait traîner, à l’égal d’un refrain monotone,
La fadeur et la fragilité des poisons !

Ennui de l’aconit et de la belladone !

 

 

 

Le Promontoire d’or

Complexe et curieux en l’éther d’un bleu noir,
Je vois s’enchevêtrer l’étrange zodiaque.
Sans flux et sans reflux, la mer est une plaque
De saphir dans le bloc d’émeraude du soir.

Les vêtements de fête ont pris des plis funèbres ;
Les nuages, pareils à de longs spectres gris,
Traînent obscurément leurs linceuls défleuris :
Des Etres inconnus ont peuplé les ténèbres.

Tout est vague… Voici l’heure de l’Incertain.
Le ciel semble une ébauche et la terre une esquisse ;
La barque de la Nuit aventureuse glisse
Avec lenteur vers un promontoire lointain.

 

 

 

Palette automnale

Le couchant a rougi les arbres violets.
Un blond duvet de lièvre adoucit et veloute
Les champs où l’ombre lente a jeté ses filets,
L’azur des frondaisons et l’ocre de la route.

C’est une symphonie en carmin dégradé
Où chante sourdement l’âme de la palette,
Et l’arbre que la brise en passant a ridé
Dresse son délicat et frissonnant squelette.

La rouille des marais aux luisances d’étain
S’assombrit. Déroulant de cendreuses étapes,
L’étroit sentier se perd dans un verger lointain
Où sommeille la pourpre extatique des grappes.

La gouache du vert et le pastel du bleu
Se fondent en un ciel dont la tiédeur frissonne ;
Les soufres, les safrans et les cuivres du Feu
S’attisent sur la toile ardente de l’automne.

 

 

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